Virus: le bras de fer entre le gouvernement espagnol et la région de Madrid continue

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Des Espagnols font la queue devant un centre de soins à Madrid, le 28 septembre 2020
Des Espagnols font la queue devant un centre de soins à Madrid, le 28 septembre 2020
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© AFP, OSCAR DEL POZO

, publié le lundi 28 septembre 2020 à 20h52

Le gouvernement espagnol a tenté  lundi de persuader les autorités régionales de Madrid d'imposer des mesures drastiques afin de freiner l'avancée continue du Covid-19 dans la capitale, épicentre de l'épidémie en Espagne, mais sans succès.

Si le gouvernement de la région de Madrid, dirigé par les conservateurs du Parti Populaire (PP), ne durcit pas ses restrictions, "il ne fait aucun doute que (le gouvernement central) est prêt à faire ce qu'il faut", a averti le ministre de la Justice Juan Carlos Campo sur la radio publique.

Depuis vendredi, le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez a entamé un bras de fer avec la région de Madrid, seule compétente en matière de santé sur son territoire dans ce pays très décentralisé, pour la forcer à prendre des mesures plus drastiques contre le virus.

Avec plus de 700 cas pour 100.000 habitants sur les deux dernières semaines, la région de Madrid compte deux fois plus de cas que la moyenne de l'Espagne, qui est déjà la plus élevée des pays de l'Union européenne. Depuis le début de la pandémie, elle concentre un tiers des plus de 700.000 cas et des plus de 31.000 morts enregistrés en Espagne.

Les autorités locales ont donc réduit depuis une semaine la liberté de mouvement des habitants des zones les plus touchées.

Etendues lundi à de nouvelles zones, ces restrictions interdisent au total à plus d'un million de personnes, sur les 6,6 millions que compte la région, de sortir de leur quartier à part pour des raisons essentielles comme aller au travail, à l'école ou chez le médecin.

- "Risque sérieux" -

Mais ces mesures sont insuffisantes pour le gouvernement central, qui exige qu'elles soient étendues à l'ensemble de cette capitale de plus de 3 millions d'habitants et à d'autres zones de la périphérie particulièrement touchées par le virus.

L'Etat demande aussi de réduire la capacité d'accueil des bars et des restaurants.

A Madrid, "il y a une transmission de nature communautaire", a commenté lundi soir le ministre de la Santé, Salvador Illa, après une rencontre avec les autorités de santé de la région.

Il a égréné une série de chiffres pour illustrer la gravité de la situation dans la capitale espagnole: Madrid, a-t-il notamment déclaré, a enregistré 13.443 nouveaux cas depuis vendredi et 223 morts du Covid-19 pour la semaine qui vient de s'écouler, contre 180 la semaine précédente. De plus, le taux de tests PCR positifs est de 20,7%, soit près du double du taux national.

Vendredi, M. Illa avait déjà convoqué la presse pour dénoncer le fait que la région n'ait pas suivi ses recommandations.

Rejetant l'ultimatum du gouvernement, la présidente de la région, Isabel Diaz Ayuso a rétorqué dimanche qu'il était hors de question d'"enfermer" les Madrilènes et mis en garde contre l'impact économique désastreux d'un reconfinement comme au printemps.

"Nous demandons à la présidente de la communauté de Madrid qu'elle accepte d'être aidée et (...) voie les faits tels qu'ils sont", lui a rétorqué lundi soir M. Illa, laissant entendre que ses discussions avec les responsables régionaux en matière de santé n'avaient pas rapproché les positions. 

- Des outils pour agir -

Si Madrid, "vaisseau amiral" de la droite, ne tend pas la main au gouvernement de gauche, ce dernier dispose "d'outils légaux" pour agir à sa place, explique à l'AFP Cristina Monge, politologue à l'Université de Saragosse.

Il peut notamment s'appuyer sur le décret adopté en juin pour gérer le déconfinement, qui lui permet de prendre des mesures dans une région "dans des situations d'urgence", indique la chercheuse.

L'État a aussi des cartes "plus fortes" dans son jeu comme l'état d'alerte, un régime d'exception qui permet à l'exécutif national de reprendre le contrôle en matière sanitaire dans une région, voire même la suspension de l'autonomie régionale comme ce fut le cas en Catalogne en 2017 après la tentative de sécession, poursuit-elle.

Mais selon Pablo Simón, politologue à l'Université Carlos III de Madrid, le gouvernement préfèrerait que Madrid agisse, car "il sait bien qu'une intervention directe pourrait avoir un effet contre-productif, vu que Díaz Ayuso et le PP l'accuseraient d'être responsable de la gestion (de la crise), d'avoir des manières autoritaires et d'outrepasser ses compétences". 

Pour cet universitaire, "personne ne veut assumer le coût de prendre des mesures impopulaires, même si elles sont nécessaires pour contrôler la pandémie".

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