Trop peu nombreuses, les infirmières Philippines exténuées se battent contre le Covid

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Manifestation de soignants à Manille aux Philippines le 1er septembre 2021.
Manifestation de soignants à Manille aux Philippines le 1er septembre 2021.
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© AFP, Maria TAN

publié le samedi 18 septembre 2021 à 08h12

Exténuées, les infirmières philippines se démènent pour soigner les malades du Covid-19, tentant en vain  de pallier un manque criant d'effectifs.

Beaucoup de leurs collègues sont absentes après avoir contracté le coronavirus ou avoir quitté la profession avant même la pandémie.

L'archipel enregistre une hausse record de cas de contaminations, liés au variant Delta, et le ministère de la Santé fait état d'une pénurie de plus de 100.000 infirmières. 

Celles toujours en poste sont contraintes d'effectuer des journées à rallonge pour un maigre salaire et un contrat précaire.

"Elles sont épuisées et en burnout", témoigne Lourdes Banaga, responsable des infirmières d'un hôpital privé du sud de Manille.

"Au début de la pandémie, nous avions près de 200 infirmières", explique Mme Banaga, qui travaille pour le centre médical Lipa Medix dans la province de Batangas. "En septembre, elles ne seront plus que 63". 

Selon les chiffres officiels, 75.000 infirmières travaillent dans les hôpitaux publics et privés philippins alors que les besoins sont de plus de 109.000.

- Exode des soignants -

La pandémie a aggravé le problème de pénurie d'infirmières que connaissait le pays, souligne Maristela Abenojar, président de l'Union des infirmières philippines, une situation d'autant plus "ironique" que l'archipel est l'un des pays au monde qui fournit le plus de personnel soignant aux nations étrangères. Des salaires anormalement bas expliquent ce "sous-effectif chronique", selon elle.

Une infirmière débutante dans un hôpital public peut gagner 33.575 pesos (570 euros) par mois, selon les chiffres officiels. Mais la plupart ont un contrat à durée déterminé et touchent 22.000 pesos (375 euros) sans bénéficier d'avantages tels que la prime de risque. Quant à celles qui travaillent dans le secteur privé, elles ne gagnent que 8.000 pesos (130 euros). 

Ne supportant plus leur situation, environ 40% des infirmières des hôpitaux privés ont démissionné depuis le début de la pandémie, selon l'Association des hôpitaux privés des Philippines. 

Plus de 5.000 soignantes ont reçu un feu vert pour travailler à l'étranger cette année en dépit des mesures mises en place par les autorités pour limiter cet exode. 

Après avoir interdit leur départ pour cause de Covid-19, des quotas ont été imposés afin de tenter d'avoir suffisamment d'infirmières. 

Mais ces dispositions semblent vaines. "Nous ne nous ne pouvons pas les obliger à postuler", déplore Jose Rene de Grano, de l'association des hôpitaux privés.

Ces dernières semaines, le personnel soignant a manifesté contre le non-paiement de certaines prestations, notamment la prime de risque liée au coronavirus. 

- "Délaissées" -

Le président Rodrigo Duterte a appelé les soignants à faire preuve de patience le temps de trouver les fonds. 

"Nous avons l'impression d'être délaissées", pointe Melbert Reyes, de l'Association des infirmières philippines. 

De nombreux hôpitaux ont augmenté leur capacité d'accueil après la vague de virus qui menaçait de les submerger au début de l'année. 

Dans le pays, où le nombre de cas quotidiens est souvent supérieur à 20.000, le taux d'occupation des lits dans les services dédiés au coronavirus et dans les unités de soins intensifs est supérieur à 70%. 

Un hôpital public de la ville de Binan, près de Manille, a transformé un parking en salle de soins.  

"Beaucoup de nos infirmières sont malades et en quarantaine", explique Melbril Alonte, le médecin chef de cet établissement. "Nous nous sentons épuisés... mais nous gardons toujours à l'esprit que nous devons aider notre peuple parce que personne d'autre ne le fera".

Face à cette pénurie d'infirmières, certains établissements - comme le Lipa Medix Medical Center - ont été contraints de réduire leur capacité d'accueil et d'allonger les heures de travail. 

- "Physiquement épuisant" -

Trixia Bautista, infirmière, dit travailler jusqu'à 15 heures auprès des patients souffrant du Covid dans un hôpital public de la capitale. 

Il lui est même arrivé de s'occuper toute seule 30 patients en l'absence de collègues, pour cause de maladie ou ayant fait le choix de démissionner. 

"Physiquement, c'est très épuisant". 

Pourtant, le nombre d'infirmières diplômées ne manque pas aux Philippines, souligne Mme Abenojar de l'Union des infirmières philippines. 

Elle estime que 200.000 à 250.000 d'entre-elles ne travaillent plus dans le secteur.  

"Beaucoup ont quitté la profession" par manque d'emplois stables et de salaires décents, souligne Yasmin Ortiga, professeur adjoint de sociologie à la Singapore Management University. 

Au départ, beaucoup avait épousé cette profession dans l'espoir d'obtenir un emploi mieux rémunéré à l'étranger mais les conditions pour avoir l'autorisation de partir sont trop contraignantes, notamment l'obtention d'un contrat à durée indéterminée. 

"Elles ont réalisé que si elles ne peuvent pas quitter le pays, cela ne vaut pas vraiment pas la peine d'être infirmière", selon Mme Ortiga.

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