Quand les maraudes auprès de SDF mènent à des tests pour le coronavirus

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Des infirmiers de l'hôpital de Valenciennes parlent avec des jeunes SDF, le 5 novembre 2020 sur un parking de Saint-Amand-les-Eaux
Des infirmiers de l'hôpital de Valenciennes parlent avec des jeunes SDF, le 5 novembre 2020 sur un parking de Saint-Amand-les-Eaux
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© AFP, FRANCOIS LO PRESTI

, publié le vendredi 06 novembre 2020 à 23h22

Dans les rues de Valenciennes (Nord), deux maraudeurs retrouvent Svetlana et son compagnon, qui dorment dehors depuis plusieurs semaines: ce soir-là, la jeune femme présente quelques symptômes pouvant faire penser au Covid-19. Dès le lendemain, elle fera le test, grâce à la "relation de confiance" avec l'équipe de soins.

Trois fois par semaine, deux infirmiers de l'hôpital, formés aux maraudes, et un membre d'une association qui gère des structures d'hébergement vont à la rencontre des sans domicile fixe de l'agglomération. Pour passer un peu de temps avec eux, donner de quoi manger et se réchauffer, mais aussi pour les soigner.

"Notre but premier, c'est de ramener la population en situation de grande précarité vers le soin, par cette présence, cette maraude, en créant une relation de confiance", souligne Frédéric Bourse, infirmier.

"Sans cette relation, si demain je vois quelqu'un que je ne connais pas, il refusera" le test, explique-t-il. "La santé, c'est pas leur priorité. Eux, c'est la survie, se mettre à l'abri, trouver à manger, se protéger des différents dangers à vivre dehors".

- "On ne voit personne" -

Avec son binôme et une membre de la Croix Rouge, ce soir-là ils retrouvent un jeune homme souffrant de lourdes pathologies, pesant moins de 30 kg, qui dort dans une voiture prêtée par un particulier. Une place l'attend enfin dans une structure d'accueil. 

A quelques kilomètres de là, isolés au bout du parking d'une gare, quatre amis âgés de 19 à 26 ans, qui se connaissent depuis plusieurs mois, vivent ensemble dans une voiture. Et ne veulent pas se séparer. 

Sur le toit du véhicule, est posé un pot de gel hydroalcoolique; au sol, étalés sur une couverture au sol, quelques paquets de gâteaux, deux bouteilles de sirop, un pack d'eau, des yaourts vides.

"Si on attrape le covid, on l'a tous les quatre, c'est sûr, mais en même temps on ne voit personne, à part quelques personnes qui viennent nous aider", raconte Quentin, aux côtés de Léa, tremblant de froid. "Mais on n'a pas le choix, on ne va pas abandonner l'un parce qu'il a le covid. Etre à quatre c'est une force, tout seul ce serait plus dur de survivre".

Puis la maraude retrouve Svetlana, enceinte, et son petit-ami qui dorment de hall d'immeuble en hall d'immeuble. "Le covid, on fait avec. Aujourd'hui, on a eu 50 centimes", lance-t-elle. 

- "La base: le consentement" -

En plus du repas, l'infirmière Adeline Ciszewski, qui la suit depuis plusieurs semaines, lui fournit des boîtes de vitamines pour sa grossesse, une prescription, lui rappelle ses différents rendez-vous. Et lui propose un dépistage pour le coronavirus.

"J'ai détecté des signes qui pouvaient faire penser au Covid (...) Ils ne se présenteraient pas spontanément dans un centre, donc on va vers eux pour qu'ils accèdent aux mêmes prestations", souligne la soignante.

Dès le lendemain, le jeune couple arrive au rendez-vous comme convenu, dans une annexe de l'hôpital, où les infirmiers-maraudeurs réalisent eux-mêmes les tests auprès des sans-abri qui l'ont accepté.

"Quand on fait le dépistage, on leur explique l'intérêt. La base même, c'est le consentement. On ne fait pas de soin sans consentement, c'est obligatoire", insiste M. Bourse.

Le petit-ami, qui veut garder l'anonymat, se dit rassuré d'avoir fait le prélèvement nasopharyngé, mais ne pense de toute façon pas être contaminé, puisqu'il n'a, entre autres, "pas perdu son odorat".

Depuis deux mois, les équipes se déplacent aussi une fois par semaine dans les différents centres d'hébergement, où ils testent en moyenne six à sept personnes, qu'ils ont déjà rencontrées. Et si le dépistage est positif, la personne malade est censée bénéficier d'une place pour être "isolée".

Depuis mi-septembre, parmi tous les sans domicile testés par les équipes de l'hôpital de Valenciennes, 6% étaient atteintes du coronavirus, selon les chiffres de la direction.

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