"Pas des cobayes": ces Chinoises qui ont choisi le vaccin anti-Covid

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Photo prise le 14 octobre, montre l'étudiante chinoise Wu Yilu en train de se voir administrer le vaccin anti-Covid expérimental du laboratoire Sinovac
Photo prise le 14 octobre, montre l'étudiante chinoise Wu Yilu en train de se voir administrer le vaccin anti-Covid expérimental du laboratoire Sinovac
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© AFP, -, Courtesy of Wu Yilu

, publié le dimanche 15 novembre 2020 à 17h59

Le vaccin anti-Covid qu'elles ont reçu n'est qu'expérimental. Mais comme des milliers de leurs compatriotes, trois Chinoises ont surmonté leurs doutes et se sont fait vacciner avant un départ pour l'étranger.

Aux antipodes des mouvements "antivax" courants en Occident, ces jeunes femmes ont choisi d'être inoculées avec le "CoronaVac" du laboratoire Sinovac, dont un essai sur l'homme a été suspendu pendant deux jours au Brésil après la mort d'un volontaire, qui pourrait être un suicide.

"Non, je n'ai pas l'impression d'être un cobaye", affirme à l'AFP Wu Yilu, une étudiante de 20 ans qui dit "faire confiance aux biotechnologies chinoises".

Si le nouveau coronavirus a fait son apparition en Chine l'an dernier, le régime communiste, qui a pris des mesures radicales pour endiguer l'épidémie, insiste sur cette réussite à grand renfort de propagande. 

Le contraste avec la situation des pays occidentaux n'a pas échappé à Wu Yilu, qui retournera en janvier en Angleterre à l'Université de Birmingham, où elle est en licence d'économie. 

Quand elle a appris que sa ville de Jinhua, dans la province du Zhejiang (est), proposait des vaccinations, elle est allée se renseigner dans un hôpital. Le lendemain, elle avait rendez-vous.

La jeune femme a signé un formulaire où elle reconnaissait les risques potentiels, fourni des documents prouvant qu'elle se rendait à l'étranger, avant qu'une infirmière lui inocule le vaccin.

"Si les autorités proposent une vaccination, ça veut dire que c'est efficace et sûr", affirme Wu Yilu, qui dit n'avoir "aucun effet secondaire" après trois semaines.

"Peut-être qu'il ne sera efficace qu'un temps. Mais il n'est pas dangereux", selon l'étudiante, qui a payé 456 yuans (58 euros) pour deux injections. 

- 'J'hésitais' -

Le CoronaVac fait partie des plus avancés au niveau mondial. Il talonne celui du géant pharmaceutique américain Pfizer, qui a annoncé la semaine dernière que son antidote avait une efficacité de 90%.

Le vaccin de SinoVac est comme lui en "phase 3" des essais sur l'homme. Dernière étape avant homologation, elle implique des milliers de volontaires au Brésil, en Indonésie et en Turquie. Des résultats préliminaires doivent être publiés courant novembre.

La Chine autorise depuis juillet, pour les cas "urgents", les inoculations de vaccins expérimentaux. 

Les personnes prioritaires sont les soignants, les seniors et les Chinois en partance pour l'étranger.

Quelques villes du Zhejiang ont commencé à proposer des injections. Au total, au moins des centaines de milliers de Chinois ont déjà été inoculés avec le vaccin de Sinovac ou ceux du laboratoire public Sinopharm.

"J'avais de l'appréhension, j'hésitais, à cause des effets secondaires potentiels et du fait que le vaccin n'assure peut-être pas d'immunité", affirme à l'AFP Mia Yu, étudiante de 27 ans qui retourne à l'Université de Sheffield (Angleterre).

"Mais je voyais aussi qu'il y avait 20.000 nouveaux cas quotidiens au Royaume-Uni", explique cette habitante de Jiaxing, autre ville du Zhejiang qui a lancé des vaccinations.

- 'Ignorance' -

"Au final, j'ai été convaincue par des amis médecins", explique-t-elle. "J'ai eu des douleurs musculaires et une sensation de faiblesse. Mais après deux semaines, c'est pratiquement parti."

Seules la Chine et la Russie autorisent pour l'instant l'utilisation en urgence de vaccins anti-Covid n'ayant pas terminé les essais cliniques.


Sur les réseaux sociaux chinois, certains saluent ces campagnes de vaccinations. D'autres les jugent prématurées. A l'étranger, scientifiques et internautes expriment leur scepticisme.

"C'est l'ignorance qui provoque la crainte", répond à l'AFP Jin, 35 ans, qui s'est fait inoculer le CoronaVac.

"Avant de me faire vacciner, je me suis énormément renseignée", affirme cette cadre de Décathlon, qui voulait avoir cette "protection supplémentaire" avant de rejoindre son poste en décembre à Montréal.

Elle rappelle que le vaccin de Sinovac est de type "inactivé". C'est-à-dire qu'il ne contient pas le virus vivant, mais une version désactivée -- qui suffit toutefois pour assurer une protection immunitaire.

- Risques allergiques -

"Ce genre de vaccin n'inspire pas autant d'inquiétude concernant les effets secondaires que d'autres", confirme à l'AFP Yanzhong Huang, spécialiste des questions de santé en Chine, au cabinet de réflexion américain Council on Foreign Relations.

Mais le risque zéro n'existe pas.

Si des adultes sains "sont inoculés avec un vaccin expérimental dont l'efficacité n'a pas encore été totalement démontrée", celui-ci peut "s'avérer inefficace, mais aussi provoquer de graves symptômes" en cas d'infection du sujet par le virus, note M. Huang.

Il subsiste également un risque de "réactions allergiques", note Peter Hotez, doyen de l'école de médecine tropicale au Baylor College of Medecine à Houston (Etats-Unis), soulignant "qu'il est important de terminer la phase 3 pour confirmer l'efficacité et l'innocuité" du produit.

Wu Yilu, elle, reste persuadée que le CoronaVac est sans danger, malgré les affaires de vaccins frelatés ou périmés qui ont secoué la Chine ces dernières années. Elle se dit aussi perplexe face aux critiques.

"Lorsque la Chine va publier les données (des essais cliniques), ça va leur clouer le bec", affirme-t-elle.

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