Mediator: plaidoyer pour mettre fin à "l'impunité" de Servier

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L'ancien numéro deux de Servier Jean-Philippe Seta (D) arrive au tribunal à Paris le 23 septembre 2019
L'ancien numéro deux de Servier Jean-Philippe Seta (D) arrive au tribunal à Paris le 23 septembre 2019
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© AFP, JACQUES DEMARTHON

, publié le jeudi 18 juin 2020 à 22h04

"Il faut que ça cogne!": des avocats de parties civiles au procès du Mediator ont réclamé jeudi à Paris de lourdes sanctions financières contre les laboratoires Servier et que soit ordonnée leur interdiction d'exercer en France afin de mettre fin à un "sentiment d'impunité".

"Les victimes n'attendent ni pitié, ni compassion" du tribunal correctionnel, mais qu'il ouvre une nouvelle "ère", a lancé Me Martine Verdier. Avec trois autres avocats de la partie civile, elle a revendiqué "une action vindicative" et tiré à boulets rouges sur le groupe pharmaceutique. 

Mis sur le marché en 1976, le Mediator a été commercialisé pendant 33 ans comme adjuvant au traitement du diabète mais a été largement détourné comme coupe-faim. Prescrit à environ cinq millions de personnes, il est tenu pour responsable de centaines de décès et d'avoir provoqué de graves maladies cardiaques. 

Plus de dix ans après son retrait, les laboratoires Servier et leur ancien numéro 2 Jean-Philippe Seta comparaissent notamment pour "tromperie aggravée" et "homicides et blessures involontaires", accusés d'avoir sciemment dissimulé les propriétés anorexigènes du médicament et sa toxicité.

L'Agence du médicament (ANSM, ex-Afssaps) est jugée à leurs côtés pour avoir tardé à suspendre le Mediator, en dépit d'alertes sur sa dangerosité dès 1995. 

Depuis la révélation du scandale sanitaire, le groupe a toujours rejeté toute faute intentionnelle. Pour les parties civiles, les laboratoires "savaient" que la molécule du Mediator était chimiquement proche de deux autres coupe-faim de Servier, retirés du marché en 1997 en raison de leur toxicité, mais ont continué "à cacher les risques mortels". 

"Le groupe a fait front pour tenir une ligne officielle: +le Mediator n'est pas un anorexigène+", a appuyé Me Sylvie Topaloff, autre avocate de parties civiles. 

Le "détournement d'usage" du Mediator était pourtant "un secret de Polichinelle", selon elle. "Les femmes ne sont pas complètement idiotes: si elles demandaient cette prescription, c'est qu'elles cherchaient l'effet produit", perdre "quelques kilos", a poursuivi Me Topaloff.

- "Envie de hurler" -

Sur les milliers de parties civiles, seules quelques-unes sont venues à la barre du tribunal raconter leurs "vies brisées" après avoir ingéré "un poison". 

"Elles ont été très dignes. Nous, on a envie de hurler. Quand cesserez-vous de mentir?", a fulminé Martine Verdier. Elle s'en est pris à la "stratégie du trouble" des laboratoires, leur "attitude de déni réitéré" quand, lors des débats, leurs représentants et M. Seta ont invoqué des "erreurs d'appréciation". 

"Cette stratégie apparaît aujourd'hui obsolète", a estimé Me Verdier. "Il n'y a pas d'erreur", juste du "profit": "Le Mediator est resté sur le marché pendant plus de 30 ans alors qu'il était toxique et qu'il n'avait aucun bénéfice" médical, a-t-elle insisté. 

Avant elle, l'avocate toulousaine Stella Bisseuil avait appelé le tribunal à "restaurer la confiance" perdue des consommateurs du Mediator "dans le médicament, les pharmaciens, les soins en général et contre les autorités sanitaires". 

Et parce que "la stratégie d'influence" des laboratoires Servier auprès des autorités de santé a conduit à leur "affaiblissement", elle a réclamé que les victimes soient également indemnisées dans le volet des conflits d'intérêts, pour lequel plusieurs anciens membres de l'Agence sont poursuivis. 

Pour Me Charles Joseph-Oudin, qui représente des centaines de victimes, directes ou "par ricochets", il est acquis que le tribunal "sanctionnera le passé". Mais pour en "terminer avec un sentiment d'impunité", il a également appelé les juges à rendre une décision "symbolique" et "dissuasive". "Si le tribunal ordonnait la fermeture en France des laboratoires Servier, ça ne représenterait que 5% de leur chiffre d'affaires", a-t-il mis en avant.  

Les quatre avocats ont en outre demandé la publication du jugement sur le site du groupe. Ils réclament 100.000 euros pour chacun de leurs clients constitués dans le volet "tromperie", et 200.000 quand ils présentent des symptômes de la maladie. 

Les plaidoiries des parties civiles se poursuivent lundi. Le parquet prendra ses réquisitions mardi et mercredi. Le procès-fleuve du Mediator est prévu pour s'achever le 6 juillet, après les plaidoiries de la défense. 

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