Le confinement des rapatriés de Wuhan à Carry-le-Rouet: une époque "préhistorique"

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Le centre de vacances de Carry-le-Rouet, le 31 janvier 2020 à une trentaine de kilomètres de Marseille, qui a accueilli il y a un an en confinement les premiers rapatriés de Chine, touchée par le Covid-19
Le centre de vacances de Carry-le-Rouet, le 31 janvier 2020 à une trentaine de kilomètres de Marseille, qui a accueilli il y a un an en confinement les premiers rapatriés de Chine, touchée par le Covid-19
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© AFP, GERARD JULIEN

, publié le jeudi 21 janvier 2021 à 11h50

Il y a un an, inquiète, Carry-le-Rouet, accueillait en confinement les premiers rapatriés d'une Chine gagnée par le coronavirus. La petite station balnéaire de Méditerranée française se souvient avec nostalgie de cette époque "préhistorique", quand l'épidémie de Covid-19 semblait une menace lointaine.

A une trentaine de kilomètres de Marseille, Carry-le-Rouet et ses 5.000 habitants vivent habituellement en hiver au rythme des oursinades, ces dégustations de "hérissons des mers" organisées sur les plages.

Mais le 31 janvier 2020, sous l'oeil des médias du monde entier, un de ses centres de vacances lové dans une pinède en bord de mer accueille pour un confinement de 14 jours quelque 200 évacués de Wuhan, ville chinoise épicentre du nouveau coronavirus. Il s'agit d'un des premiers vols de rapatriement organisés vers l'Europe. Carry-le-Rouet devient "le centre du monde", se souvient le maire de l'époque Jean Montagnac.

L'ancien élu doit "gérer le stress des habitants" les plus proches du centre et se souvient de réunions d'information houleuses et de la circulation de tracts mensongers réalisés par un habitant craignant la propagation du Covid-19 dans une France encore largement épargnée par la pandémie.

"On était vu comme des extra-terrestres, avec nos masques et notre confinement, c'était du jamais vu en France", se souvient Sébastien Ricci, un journaliste de l'AFP qui faisait partie de ces premiers rapatriés, majoritairement français.

Avec le recul, le trentenaire, depuis rentré à Pékin, considère avoir été "chanceux", même si c'était "loin d'être des vacances". Il retient surtout "l'incroyable élan de solidarité" entre des "naufragés" déracinés du jour au lendemain de leur vie construite en Chine et "inquiets" d'être malades: "C'était comme une bulle sanitaire, sociale et psychologique".

Ironie du sort, Sébastien Ricci est aujourd'hui considéré en Chine avec méfiance en raison de son séjour en Europe, alors que l'épidémie semble maîtrisée dans le pays asiatique. "Le monde s'est inversé", constate-t-il.

- "Laboratoire d'idées" -

"C'était tellement inédit, on n'avait jamais expérimenté en France le confinement sanitaire. Cette époque apparaît presque comme de la préhistoire", se rappelle de son côté Marc Zyltman, un bénévole chargé de l'organisation du centre de confinement de Carry par la Croix-Rouge.

"On ne savait pas que tout le pays entier serait ensuite confiné", poursuit celui qui, avec les 134 bénévoles qui se sont succédé sur place, a dû faire preuve d'imagination pour animer le centre. 

"Les consignes sanitaires étaient très strictes. Il n'y avait pas de dérogation pour sortir une heure en dehors du centre, les tests PCR étaient effectués toutes les 72 heures, le port du masque et les distances sanitaires scrupuleusement respectés. Il fallait donc organiser une vie sociale qui ait du sens", se souvient-il.

Parmi les rapatriés, un professeur fait cours aux 54 enfants et adolescents, un autre, coiffeur, transforme une chambre en salon et une conciergerie solidaire est ouverte. 

Parfum, presse, cigarettes, pâte à tartiner: les rapatriés passent commande et améliorent l'ordinaire. Une idée que la Croix-Rouge déclinera auprès des personnes isolées lors des deux confinements en France, entre mars et mai, puis à l'automne.

"Carry a été notre laboratoire d'idées. Cela reste un bon souvenir, on a créé une vraie petite communauté solidaire et il n'y a eu aucun incident", commente Marc Zyltman.

Aucun des confinés de Wuhan n'a été testé positif au nouveau coronavirus. "Au final, cela a été plutôt bénéfique pour les affaires", la ville bénéficiant d'une renommée inattendue et soudaine qui a permis aux oursinades 2020 d'enregistrer une affluence record, se souvient l'ancien maire.

Un an plus tard, l'humeur s'est assombrie. Les commerçants de la commune sont soumis, comme le reste de la France, à un couvre-feu qui démarre à 18H00 pour lutter contre l'épidémie, les restaurants fermés et les oursinades sont incertaines.

Fin janvier 2020, la France comptait six cas seulement d'infection au nouveau coronavirus quand la Chine dénombrait officiellement 7.700 cas et 170 morts. Depuis, le virus a fait plus de deux millions de morts dans le monde dont plus de 70.000 en France.

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