En Allemagne, à Tübingen, des milliers de tests Covid pour ressusciter la ville

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Des clients à la terrasse d'un café, le 20 mars 2021 à Tübingen, en Allemagne
Des clients à la terrasse d'un café, le 20 mars 2021 à Tübingen, en Allemagne
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© AFP, THOMAS KIENZLE

, publié le mardi 30 mars 2021 à 14h48

La vie a soudain repris des couleurs pour Sandra Pauli, quand elle a pu, après des mois, rouvrir sa boutique de décoration située à quelques pas du marché de Tübingen, une commune du sud de l'Allemagne.

Alors que le pays débat de mesures plus strictes pour endiguer la troisième vague de la pandémie, cette ville universitaire des bords du Neckar se distingue: ses habitants peuvent depuis quinze jours y déjeuner en terrasse, faire leurs courses dans tous les commerces et finir par une séance de cinéma ou de théâtre à condition de présenter le sésame d'un test négatif.

"Les clients ont des étoiles dans les yeux quand ils entrent, c'est enfin un peu de normalité à nouveau", explique Mme Pauli, "très heureuse", à l'AFP. 

Ce modèle de "Tagesticket" ("billet journalier") délivré par la ville sur présentation d'un test négatif est, selon cette commerçante, "la seule option pour vivre avec le coronavirus et accueillir des clients". 

"Sans ça, les centres-villes et les commerces meurent" malgré les aides du gouvernement pour soutenir les magasins "non essentiels" fermés dans tout le pays depuis mi-décembre, avec quelques assouplissements début mars.

- Chancelière réticente -

La stratégie de Tübingen séduit tellement une Allemagne fatiguée par des mois de verrouillage que les annonces de dispositifs similaires se sont multipliées du nord au sud du pays, suscitant l'exaspération de la chancelière Angela Merkel.

Le Land de Sarre, à l'ouest, veut, sur le même modèle, lever toutes les restrictions à l'échelle de son territoire dès le 6 avril. 

"Je ne sais pas si se tester pour se balader est la bonne réponse à ce qui se passe actuellement", a tancé Mme Merkel dimanche, dans un rappel à l'ordre très ferme aux dirigeants régionaux, dont le chef de son parti conservateur CDU, Armin Laschet.

Ces critiques n'empêchent pas que chaque jour, à Tübingen, une longue queue se forme dès le début de matinée devant un des multiples points de tests mis en place par la municipalité et son maire écologiste, Boris Palmer.

"En parlant aux commerçants du centre-ville, au secteur de la culture, j'ai rencontré de plus en plus de personnes désespérées", explique M. Palmer, à la tête de cette ville de 90.000 habitants.

Près de 50.000 tests gratuits ont été réalisés en deux semaines, explique la médecin Lisa Federle, à l'origine de cette expérience à grande échelle suivie par les chercheurs de l'université de Tübingen.

Pour elle, "il y a assez de tests": "Il faut tout simplement agir" car "les gens n'acceptent plus" les strictes limitations imposées.

"Je pense qu'il est bien plus sûr de se rencontrer dehors en étant testé auparavant qu'à la maison", ajoute-t-elle.

- "Tout faire malgré le Covid" -

Pour l'instant, le canton de Tübingen connaît une situation épidémique plus favorable que de nombreuses régions : le taux d'incidence y est passé de 41 pour 100.000 habitants le 15 mars à 98 lundi.

La hausse "n'est pas plus forte que dans le reste du pays", avance Boris Palmer.

Ce taux, qui n'a cessé d'augmenter ces derniers jours en Allemagne, a atteint lundi la moyenne de 134 à l'échelle nationale.

Gouvernement et régions s'étaient mis d'accord début mars sur un mécanisme de "frein" automatique annulant toutes les ouvertures concédées début mars quand le seuil de 100 est dépassé.

L'expérimentation de Tübingen doit durer jusqu'au 18 avril pour ensuite être analysée par l'université.

"L'attention médiatique, et le fait que cela n'existe que dans quelques villes, est un problème", relève le chercheur Carsten Köhler. Pour éviter l'afflux de touristes, la municipalité a limité les tests proposés aux non-résidents.

René, 36 ans, et sa copine ont malgré tout fait cent kilomètres pour venir à Tübingen fêter un anniversaire au restaurant, "quelque chose que nous n'avons pas fait" depuis longtemps.

Ils sont heureux de ce répit dans cette ville "où on peut tout faire malgré le Covid-19", explique le trentenaire.

Quelque soit l'avenir de l'expérimentation, "cela reste un succès, estime la Dr Federle, car les gens voient qu'on ne fait pas que fermer, mais qu'on essaie autre chose" pour sortir de la crise.

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