Covid-19: deux essais cliniques suspendus en 24 heures

Covid-19: deux essais cliniques suspendus en 24 heures
Le géant pharmaceutique américain Johnson & Johnson s'est voulu rassurant mardi sur la suspension jugée "temporaire" de son essai clinique pour un vaccin contre le Covid-19 après la maladie inopinée d'un participant

, publié le mardi 13 octobre 2020 à 23h49

Les sociétés pharmaceutiques américaines Johnson & Johnson et Eli Lilly ont suspendu lundi et mardi des essais cliniques d'un vaccin et d'un traitement expérimental contre le Covid-19, respectivement, le temps d'évaluer d'éventuels effets secondaires chez des participants, un nouveau contretemps dans la lutte contre la pandémie.

On ignore la nature exacte des alertes sanitaires qui ont déclenché les pauses dans les essais, ni combien de temps il faudra aux sociétés pour enquêter et décider, ou non, de reprendre les essais, qui sont parmi les plus attendus et surveillés au monde.

Mais même s'il s'agit d'une fausse alerte, ces pauses causent des retards malvenus dans la bataille contre le coronavirus. Un projet de vaccin parmi les plus prometteurs, celui d'AstraZeneca et Oxford, était bien avancé lorsqu'une maladie inexpliquée chez un participant est apparue début septembre. L'essai s'est arrêté quelques jours au Royaume-Uni et dans d'autres pays, mais il reste suspendu aux Etats-Unis, sans qu'on sache pourquoi.

Les cours des actions des deux sociétés ont chuté mardi à Wall Street, -2,29% pour J&J et -2,85% pour Eli Lilly.

Johnson & Johnson a annoncé la pause de son grand essai vaccinal, commencé fin septembre, lundi soir, après l'apparition d'une maladie inopinée chez un participant le dimanche soir, selon la direction.

"Nous avons interrompu temporairement le dosage supplémentaire dans tous nos essais cliniques d'un vaccin expérimental contre le Covid-19, y compris l'ensemble de l'essai de phase 3, en raison d'une maladie inexpliquée chez un participant", a annoncé le groupe dans un communiqué.

Conséquence: plus aucun participant à l'essai ne reçoit le vaccin ou le placebo jusqu'à nouvel ordre. Un comité d'experts indépendants étudie les données pour voir si la "maladie inexpliquée" peut ou non être liée au vaccin.

La direction du groupe a insisté sur le caractère "temporaire" de cette pause et indiqué qu'il faudrait "quelques jours" avant d'avoir davantage d'informations sur ce qui a causé la maladie du participant, dont on ignore même s'il avait reçu le vaccin ou un placebo. Dans ce type d'essais, la survenue d'une maladie inattendue "peut avoir quelque chose à voir ou pas du tout avec le médicament ou le vaccin étudié", a dit le directeur de la recherche, Mathai Mammen, mardi lors d'une conférence téléphonique présentant les résultats financiers du groupe.

J&J prévoyait de recruter 60.000 volontaires dans huit pays dont les Etats-Unis.

"C'est une grande étude", a souligné le directeur financier Joe Wolk, ajoutant que sur des essais d'une telle ampleur, "on devait s'attendre à ce qu'il y ait une suspension pour un événement indésirable".

Dix vaccins expérimentaux sont en dernière phase d'essais cliniques dans le monde, dont deux sont actifs aujourd'hui aux Etats-Unis: Moderna et Pfizer. Le gouvernement américain table sur la disponibilité de ces deux là d'ici la fin de l'année.

- Le remède de Trump -

Mardi, c'était au tour d'Eli Lilly d'annoncer la suspension d'un essai de son traitement expérimental aux anticorps contre le Covid-19 chez des malades hospitalisés, pour des raisons de sécurité non détaillées.

"Nous savons que, par précaution, le comité indépendant de surveillance sanitaire de l'essai ACTIV-3 a recommandé une pause dans les recrutements", a déclaré un porte-parole à l'AFP. "Lilly soutient la décision du comité indépendant de garantir avec prudence la sécurité des patients participant à l'essai."

Le traitement est similaire à ce que Donald Trump a reçu peu après l'apparition de ses symptômes de Covid-19, le 2 octobre: ce sont des anticorps de synthèse injectés en intraveineuse, et qui sont fabriqués spécifiquement pour neutraliser le coronavirus responsable de la maladie, assistant le système immunitaire. 

M. Trump a reçu des anticorps fabriqués par la société américaine Regeneron, et vanté leur efficacité après sa sortie d'hôpital, promettant de les autoriser pour l'ensemble des malades et de les distribuer gratuitement.

De fait, ces anticorps dit "monoclonaux" ont donné de bons résultats préliminaires lors des phases d'essais initiales.

Les deux sociétés ont demandé la semaine dernière à l'Agence américaine des médicaments (FDA) une autorisation en urgence de leurs traitements, mais la FDA doit d'abord vérifier leur sécurité et l'éventualité d'effets secondaires graves.

"C'est bien d'être prudent", a estimé sur Twitter Eric Topol, expert en essais cliniques.

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