"Chaque effort vaut le coup" : des soignants tenaces face au virus

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Un patient atteint du Covid, dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital universitaire d'Aix-la-Chapelle, en Allemagne, le 10 novembre 2020
Un patient atteint du Covid, dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital universitaire d'Aix-la-Chapelle, en Allemagne, le 10 novembre 2020
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© AFP, Ina FASSBENDER

, publié le samedi 14 novembre 2020 à 09h56

Traiter les cas les plus graves de Covid-19 n'est pas une question de jours mais de semaines de persévérance pour les équipes soignantes de l'hôpital d'Aix-la-Chapelle, lancées dans un nouveau marathon contre l'épidémie.

"Nous avons appris que la maladie peut être très longue et qu'il ne faut pas abandonner au bout de 10 ou 15 jours mais continuer", explique à l'AFP Gernot Marx, directeur du département des soins intensifs d'un des plus grands hôpitaux d'Allemagne.

"Les malades soignés le plus longtemps chez nous sont restés près de 60 jours en soins intensifs et très bien revenus à la vie", témoigne le praticien de 54 ans.

Pour ce médecin expérimenté, cette leçon de patience est l'un des principaux enseignements de la première vague de l'épidémie.

Au printemps, la moitié des patients Covid hospitalisés en réanimation en Allemagne sont décédés. Cette fois-ci, le virus et les traitements sont mieux compris, donnant au docteur Marx l'espoir d'un meilleur bilan.

L'Allemagne déplore le décès de près de 12.000 personnes depuis le début de la pandémie, un chiffre qui la place loin derrière le sombre tableau d'autres pays européens comme la France ou l'Italie, proches de 45.000 décès.

A la différence de nombreux hôpitaux du continent débordés par l'afflux de malades, celui d'Aix-la-Chapelle, à deux pas de la frontière belge, dit ne pas craindre la saturation.

"Les peurs et incertitudes" de la première vague ont laissé place à "une routine" dans la prise en charge des patients.

Derrière la porte vitrée d'une unité d'isolement, quatre personnes sont maintenues en vie grâce à des machines et des perfusions.

- Longue convalescence -

Sur un des lits, un patient a le haut du torse dénudé, relié au respirateur, ainsi qu'à d'autres sondes et tuyaux qui lui injectent des traitements.

"Ce médicament, s'il ne le recevait pas, il mourrait certainement en quelques minutes", explique M. Marx.

En face, une évolution encourageante: les préparatifs sont lancés pour déplacer le patient du lit n°12, dont l'état s'est amélioré. La prochaine étape : qu'il réapprenne à respirer par lui-même, avant une convalescence qui durera encore des semaines.

Parmi les cas ayant marqué le praticien, celui d'un patient "né la même année" que lui et "sans antécédent".

"Nous nous sommes battus pendant des semaines, il a vraiment vu toutes les machines que nous avons et aujourd'hui il est chez lui, plutôt en bonne forme", raconte M. Marx. "Ca montre que chaque effort vaut le coup."

La durée moyenne de traitement du Covid-19 en soins intensifs est de neufs jours; si le patient a besoin de respirateur artificiel, c'est le double.

L'hôpital universitaire d'Aix accueille actuellement une quarantaine de personnes positives au Covid-19, dont la moitié en réanimation.

Plus de 6.000 lits en soins intensifs sont encore disponibles en Allemagne. Mais l'autorité sanitaire RKI a mis en garde: les nouvelles infections doivent baisser rapidement pour permettre aux hôpitaux d'absorber la résurgence d'infections.

Lundi, le nombre de cas de coronavirus en réanimation a dépassé le record de la première vague. Avec des milliers de nouvelles infections chaque jour, ce nombre va encore augmenter sensiblement dans les prochaines semaines, prédit M. Marx car à peu près 2% des infections deviennent très graves, mais seulement "au bout de 10 à 12 jours".

- Pénurie de soignants -

"On n'atteindra pas un niveau qui nous mettra à la limite de nos capacités", assure le médecin qui est aussi un responsable de l'Association interdisciplinaire pour les soins intensifs (DIVI). Mais "on devra s'occuper de ces patients encore des semaines et des mois."

Plus qu'un manque de lits, l'Allemagne doit composer avec un déficit chronique de personnel soignant.

"Les rangs sont un peu plus clairsemés qu'au printemps", confie le médecin. En cause: la grippe saisonnière et des employés en quarantaine.

Pour y remédier, certaines opérations non urgentes commencent à être reportées, mais, contrairement à mars et avril, l'arrêt n'est pas encore total.

A Berlin, un centre médical de 90 lits installé en urgence au printemps au centre des expositions devrait rester en place au moins jusqu'en mai 2021.

A Aix-la-Chapelle, le lit numéro 12 sera certainement très vite occupé à nouveau.

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