Soucieux de son image, le golf renvoie Trump dans ses clubs

Chargement en cours
Des fans de golf assistent à l'US Open féminin, le 16 juillet 2017 au Trump National Golf Club de Bedminster, dans le New Jersey
Des fans de golf assistent à l'US Open féminin, le 16 juillet 2017 au Trump National Golf Club de Bedminster, dans le New Jersey
1/3
© AFP, SAUL LOEB
A lire aussi

, publié le mardi 12 janvier 2021 à 11h52

Donald Trump a la passion du golf, et si le microcosme de la petite balle blanche l'a longtemps traité avec les meilleurs égards, le vent commence à tourner au-dessus des greens depuis les incidents violents perpétrés mercredi par ses partisans à Washington.

Sous le coup d'une nouvelle procédure de destitution, à neuf jours de l'investiture de Joe Biden, le président déchu semble devenir infréquentable pour les dirigeants de ce sport. Si on devait en utiliser le champ lexical, on dirait qu'il est dans le rough, ces herbes hautes dont il est si difficile de sortir sans dommage, voire dans la rivière.

Dimanche, la PGA d'Amérique a décidé de ne pas organiser le Championnat PGA 2022 au Trump National à Bedminster, dans le New Jersey. "Notre marque était en jeu", a justifié Seth Waugh, le directeur général de l'instance organisatrice du tournoi du Grand Chelem.

Ce parcours, où s'est déroulé l'US Open féminin 2017, malgré des commentaires sexistes tenus par le milliardaire lors de sa précédente campagne électorale, a été choisi en 2014 par la PGA d'Amérique. Qui a fait donc machine arrière, plus pour des raisons commerciales, liées à l'image, que politiques.

Ce n'est pas la première fois que les instances du golf américain prennent leurs distances avec Trump.

- "Tricheur au golf" -

En 2015, la Fédération américaine avait annulé le PGA Grand Slam au Trump National de Los Angeles, après que celui-ci eut tenu des propos désobligeants sur les immigrants mexicains. Et en 2016, le circuit PGA avait décidé de déplacer une étape du Championnat WGC 2017 au Mexique, au lieu du club Doral, propriété de Trump à Miami.

Lundi, la R&A, l'instance dirigeante du golf mondial, a annoncé que le complexe Trump Turnberry, en Ecosse, où s'est déjà tenu plusieurs fois le British Open, n'accueillerait pas de sitôt ce Majeur.

Si elle n'a pas expressément avancé l'argument politique, la R&A l'a induit fortement: "nous n'y reviendrons pas tant que nous ne serons pas convaincus que l'accent sera mis sur le tournoi, les joueurs et le parcours."

Turnberry, Bedminster - où il à joué des centaines de parties durant son mandat -, font partie d'une liste de 17 parcours dont Trump est le propriétaire à travers le monde.

Le futur ex-président, qui dénonce depuis deux mois un scrutin frauduleux à l'origine de l'élection de Joe Biden, est "un tricheur notoire au golf", selon Rick Reilly, auteur du livre "Commander in Cheat". Il a notamment croisé les fers avec Tiger Woods et Rory McIlroy, qui ont eu après coup du mal à assumer ces "tee parties".

- Woods embarrassé mais médaillé -

"C'est le président des Etats-Unis. On peut aimer, ne pas aimer sa personnalité ou sa politique, mais nous devons tous respecter la fonction", s'était défendu Woods en 2018. Tant et si bien qu'un an plus tard, il s'est vu remettre la Médaille présidentielle de la liberté des mains de Trump.

McIlroy, qui a aussi joué avec le milliardaire en 2017, a lui assuré qu'il "ne le referait probablement pas". "La journée passée a été très agréable. Il est très charismatique et a été gentil avec tout le monde... Mais cela ne veut pas dire que je suis d'accord avec tout ce qu'il dit."

Trump compte néanmoins des partisans, au premier rang desquels le légendaire Jack Nicklaus, vainqueur de 18 Majeurs, qui a voté pour le candidat républicain. "J'ai vu en lui une résolution et une détermination pour faire ce qui est juste pour notre pays", avait-il justifié.

Jeudi dernier, au lendemain des incidents de Washington, Trump a remis d'autres Médailles de la liberté à deux anciens champions, la Suédoise Annika Sorenstam, qui a aussi soutenu sa candidature, et le Sud-Africain Gary Player. Ils ont aussitôt été critiqués pour avoir accepté d'être ainsi honorés. 

Autre partisan, l'entraîneur de football américain Bill Belichick, six fois vainqueur du Super Bowl avec les New England Patriots, a lui refusé de recevoir cette plus haute décoration civile, en raison des "tragiques évènements de la semaine passée". 

Preuve qu'en NFL aussi, où de nombreux propriétaires de franchises sont notoirement pro-Trump mais 75% des joueurs sont noirs, le vent commence à tourner.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.