Décès du chef d'orchestre letton Mariss Jansons

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Le chef d'orchestre Mariss Jansons dirigeant l'orchestre philharmonique de Vienne pour le concert du Nouvel-An le 1er janvier 2016
Le chef d'orchestre Mariss Jansons dirigeant l'orchestre philharmonique de Vienne pour le concert du Nouvel-An le 1er janvier 2016
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© AFP, HERBERT NEUBAUER, APA

, publié le dimanche 01 décembre 2019 à 14h38

Célébré comme l'un des chefs d'orchestre les plus talentueux au monde, le letton Mariss Jansons est mort à l'âge de 76 ans après une carrière qui l'a amené à diriger les formations les plus prestigieuses, en Europe et aux Etats-Unis.

Mariss Jansons est mort à Saint-Pétersbourg, où il résidait et avait effectué une partie de ses études alors que la deuxième ville de Russie s'appelait encore Leningrad.

Selon des proches du maestro, cités par des médias russes, Jansons a succombé dans la nuit de samedi à dimanche à une insuffisance cardiaque. Il souffrait depuis plusieurs années de problèmes cardiaques qui l'avaient contraint à aménager ses activités professionnelles.

L'annonce de son décès a suscité une pluie d'hommages, notamment de la part des institutions avec lesquelles il a travaillé le plus étroitement.

L'Orchestre symphonique de la Radio bavaroise, dont il était le chef attitré depuis 2003, a salué "un grand artiste et une personnalité exceptionnelle" par sa "précision au pupitre et son approche humaine des musiciens", selon l'intendant Ulrich Wilhelm. 

Son contrat avec la formation allemande courait jusqu'en 2024.

Mariss Jansons était également un familier des orchestres de Vienne, qui comptent parmi les plus prestigieux du monde musical. Il faisait partie du club très fermé des chefs ayant dirigé l'Orchestre philharmonique pour le concert du Nouvel-An, choisis par les musiciens eux-mêmes, en 2006, 2012 et 2016.

Le Philharmonique lui a dédié dimanche matin son concert du jour, en souvenir "d'une collaboration artistique étroite de plusieurs décennies et d'une amitié personnelle profonde", a déclaré le premier violon Daniel Froschauer avant la représentation.

Chef invité très prisé, Mariss Jansons a collaboré avec presque tous les grands orchestres du monde ; il a été à l'affiche des principaux festivals et avait même joué au Vatican devant le pape Benoît XVI.

En 2018, sa direction de l'opéra de Tchaïkovski "La Dame de pique" avait été l'un des événements du festival de musique de Salzbourg.

Né le 14 janvier 1943 à Riga, à l'époque où la Lettonie faisait encore partie de l'URSS, il fut un élève du chef d'orchestre autrichien Herbert von Karajan et de la légence russe Yevgueny Mravinsky. 

Mariss Jansons avait acquis une stature internationale en tant que directeur artistique de la Philharmonie d'Oslo, qu'il a dirigée pendant vingt ans, de 1979 à 2000.

Celui dont les critiques ont salué une approche "naturelle et pleine d'émotion", "la capacité de pousser les musiciens à se dépasser eux-mêmes", avait ensuite enchaîné avec la direction musicale du Concertgebouw d'Amsterdam de 2004 à mars 2015. Il était membre honoraire des orchestres philharmoniques de Berlin et de Vienne.

- Controverse #MeToo -

Dans une récente interview, il décrivait son travail au pupitre comme sur un fil "quelque part entre le sentiment et la raison". 

"Bien sûr, je dois analyser ce qui se passe quand je conduis; je ne peux pas me concentrer simplement sur les émotions et l'expression. Mais les émotions ont la priorité (...). Il reste du temps pour l'analyse après le concert", expliquait-il.

Le maestro avait également été plébiscité aux Etats-Unis, à la tête de l'orchestre symphonique de Pittsburgh de 1997 à 2004.

En 2017, il avait suscité la polémique en déclarant ne pas être habitué à voir des femmes diriger des ensembles, et que cela n'était pas sa "tasse de thé". 

"Je comprends que le monde a changé et que les professions ne se limitent plus à un genre. Mais c'est une question d'habitude", avait-il invoqué.

Il était ensuite revenu sur ces propos qu'il a qualifiés de "pas diplomatiques, ni nécessaires ou productifs".

Ses soucis de santé ont marqué la dernière partie de sa vie. En 1996, il avait été victime d'un infarctus lors d'une représentation de "La Bohème" de Giacomo Puccini à Oslo. Il avait dû annuler plusieurs concerts pour raison de santé, se voyant contraint à une pause de plusieurs mois en 2010 et encore dernièrement cet été. Le père de Mariss Jansons, Arvid Jansons, également chef d'orchestre renommé, était mort d'une crise cardiaque en 1984 alors qu'il dirigeait un concert en Grande-Bretagne.

"Votre talent restera toujours au firmament de la Lettonie et de la musique mondiale et dans nos coeurs", a tweeté le président letton Egils Levits.

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