Cate Blanchett, caution féministe du Festival de Cannes

Cate Blanchett, caution féministe du Festival de Cannes
La comédienne australienne de 48 ans a elle aussi subi les assauts du producteur Harvey Weinstein.

leparisien.fr, publié le lundi 07 mai 2018 à 21h52

La présidente du jury est réputée pour ses engagements.

Heureusement qu'elle est là. Lorsque Thierry Frémaux, le délégué général du Festival, a annoncé le 4 janvier que Cate Blanchett présiderait le jury de cette 71e édition, il ne savait pas encore que sa sélection ne comprendrait que trois réalisatrices. Ni que des mouvements féministes lui reprocheraient son indifférence. Un très bon choix, donc, car la comédienne australienne de 48 ans est réputée pour ses positions féministes.

C'est elle qui, trois jours avant l'annonce de sa prestigieuse nomination, signait -avec d'autres actrices, réalisatrices, écrivaines...- la lettre ouverte dans le « New York Times » pour lancer le mouvement Time's Up, qui recueille des fonds pour aider les femmes victimes d'agressions sexuelles dans le monde, qu'elles soient célèbres ou pas. Cate Blanchett justifiait alors son engagement ainsi : « Ce n'est jamais facile pour une femme de se dévoiler dans de telles situations et je soutiens de tout coeur celles qui l'ont fait. »

La création de Time's Up faisait suite aux révélations sur les multiples dérives de Harvey Weinstein, qu'elle a été l'une des premières à dénoncer en octobre en lançant : « Nous aimons toutes être sexy, mais ça ne veut pas dire que nous voulons baiser avec vous »... Et pour cause. Les assauts du producteur, elle les a subis personnellement.

Elle a fini par le raconter dans le dernier numéro de « Variety » : « Je pense qu'il s'en est pris, comme tous les prédateurs, aux plus vulnérables. J'avais une très mauvaise impression de lui. Il me répétait souvent : Nous ne sommes pas amis. » Et l'actrice de conclure : « Jamais je n'aurais fait ce qu'il me demandait. » Nul doute que si le sujet revient sur le tapis rouge, Catt Blanchett ne sera pas, malgré le devoir de réserve que lui impose son poste durant douze jours, la dernière à monter au créneau.

Lutte pour l'égalité salariale

Car elle n'a pas sa langue dans sa poche et ça ne date pas d'hier. Devenue comédienne par hasard, à l'occasion d'un recrutement pour de la figuration lors d'un voyage en Égypte en 1990 alors qu'elle avait 20 ans, celle qui a vu sa mère suer sang et eau pour élever sa tribu -elle a un frère et une soeur- après le décès de son père lorsqu'elle avait 10 ans, elle s'est vite imposée dans des rôles de femmes fortes.

Comme celui de Annie Wilson, cartomancienne qui voit des fantômes dans « Intuitions » de Sam Raimi en 2001, ou celui de Katherine Hepburn dans «Aviator » de Martin Scorsese en 2003, ou encore Galadriel, la reine des Elfes, dans la saga «le Seigneur des anneaux » à partir de 2002... À Cannes elle avait défendu «Blue Jasmine » de Woody Allen en 2013 (hors compétition), puis «Carol » de Todd Haynes deux ans plus tard.

Entre tous ces rôles marquants, qui lui ont valu deux Oscars (pour « Aviator » et « Blue Jasmine »), Cate Blanchett a toujours lutté pour l'égalité salariale entre comédiens et comédiennes, contre les préjugés sexistes dans le cinéma, s'insurgeant envers ceux qui ont tendance à prendre les actrices pour des potiches.

Femme libre

Et potiche, elle ne l'est ni à l'écran, ni dans la vie. Mariée depuis 1997 avec l'écrivain scénariste Andrew Upton, avec qui elle a eu quatre enfants, elle partage avec lui une passion, celle du théâtre. Ensemble, ils ont dirigé la Sydney Theatre Company, se partageant toutes les tâches, malgré ses plannings de tournage parfois complexes... Mais dont elle refuse toutefois d'être l'esclave : elle a plusieurs fois refusé ou repoussé des rôles afin d'élever ses enfants dans les meilleures conditions possibles.

Une femme libre, donc, Cate Blanchett, même vis à vis de ses engagements féministes. À Dylan Farrow, le fils de Woody Allen, qui s'insurgeait récemment du fait qu'elle n'ait pas pris position contre le réalisateur accusé de pédophilie, elle a tenu à répondre : « Si l'affaire n'a pas été correctement jugée, elle doit être rouverte et renvoyée au tribunal parce que c'est là que doivent être réglées ces choses-là. » Et il y a deux mois, elle avait tenu à préciser sur CNN que « les réseaux sociaux ne devaient pas jouer le rôle de juge et de jury ». Pas de doute, Miss Blanchett n'est pas du genre à se laisser faire...

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