Visas, thé et pressions: les tracas des médias étrangers en Chine

Visas, thé et pressions: les tracas des médias étrangers en Chine
L'expulsion cette semaine par Pékin de trois reporters du Wall Street Journal vient rappeler les délicates conditions de travail des journalistes en Chine

, publié le vendredi 21 février 2020 à 19h34

Visas refusés, pressions, invitations à "boire le thé" pour être réprimandé: l'expulsion cette semaine par Pékin de trois reporters du Wall Street Journal vient rappeler les délicates conditions de travail des journalistes en Chine.

Voici quelques-uns des obstacles rencontrés:

- Le visa J -

Pour pouvoir se rendre en Chine et y effectuer reportages et interviews, il faut d'abord obtenir un visa "J" -- comme "jizhe" (journaliste en mandarin). 

Mais les demandes peuvent parfois prendre de longs mois. Dans certains cas, peu fréquents cependant, elles sont refusées. Aucune explication n'est alors fournie. 

Le visa J doit être renouvelé chaque année. Les autorités peuvent en profiter pour intimider le journaliste quant à sa couverture (notamment sur des sujets sensibles: les dirigeants politiques, la corruption ou les droits de l'homme). 

Parfois, la sanction tombe. Des reporters ont vu leurs visas réduits à six voire... trois mois de validité.

Selon le Club des correspondants étrangers en Chine, au moins neuf journalistes ont été expulsés ou se sont vu refuser de nouveaux visas depuis 2013. 

- Motus -

Etre reporter en Chine peut être frustrant: les ministres accordent rarement des interviews, les autorités refusent parfois l'accès à des événements officiels, et beaucoup de Chinois ont peur de parler à la presse étrangère.

Lorsqu'elles sont sollicitées, certaines administrations demandent aux journalistes "d'envoyer un fax" avec leurs questions. Mais la majorité d'entre elles ne prennent jamais la peine de répondre.

Les correspondants étrangers peuvent poser les questions qu'ils veulent lors du briefing quotidien du ministère des Affaires étrangères. Mais ils sont censés fournir les questions à l'avance lors de certaines conférences de presse importantes.

- Zone interdite  -

Les journalistes se voient fréquemment intimer l'ordre par des policiers, des gardiens, ou des responsables locaux de quitter un lieu public, au nom de leur "sécurité" ou de "nouvelles" réglementations.

Toute insistance peut se traduire par une détention de quelques heures dans un bureau de police, voire un éloignement vers une zone jugée non sensible par les autorités. 

C'est notamment le cas dans la région sensible du Xinjiang (nord-ouest de la Chine), régulièrement touchée par des tensions inter-ethniques.

Par ailleurs, les autorités multiplient les restrictions à l'approche d'événements politiquement sensibles, comme les grandes réunions du Parti communiste chinois (PCC) ou les anniversaires de la répression en 1989 des manifestations de la place Tiananmen à Pékin.

- Intimidations -

Les policiers peuvent ordonner de supprimer des photos et des vidéos. Certains tentent de faire peur aux personnes répondant à des interviews ou même aux journalistes chinois travaillant pour des médias internationaux.

Comme les correspondants étrangers, ces derniers peuvent être invités à "boire le thé": un euphémisme pour décrire un rendez-vous au cours duquel les autorités réprimandent le reporter ou essaient d'en savoir plus sur les activités du média en question.

Des reporters étrangers disent avoir été suivis par des personnes non identifiées. Et à l'ère des nouvelles technologies, certains affirment que leurs applications de messagerie ou leurs smartphones ont été piratés.

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