Serbie et Monténégro: les atteintes à la liberté de la presse inquiètent Bruxelles

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Le 16 mars 2019 à Belgrade, la police tente d'empêcher des manifestants opposants au président serbe de pénétrer les locaux de la télévision nationale, la RTS
Le 16 mars 2019 à Belgrade, la police tente d'empêcher des manifestants opposants au président serbe de pénétrer les locaux de la télévision nationale, la RTS
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© AFP, Andrej ISAKOVIC
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AFP, publié le samedi 23 mars 2019 à 14h40

Journalistes agressés et menacés, pressions, contrôle économique et politique: la situation de la presse au Monténégro et en Serbie, deux candidats à l'adhésion à l'UE, suscite l'inquiétude européenne.

Le 15 mars, les opposants au président serbe Aleksandar Vucic sont entrés de force dans la télévision nationale, la RTS, qu'ils accusent d'être inféodée au pouvoir. Au Monténégro, des manifestants ont lancé du papier-toilette sur la leur (RTCG).

La liberté des médias est une des principales revendications des manifestations hebdomadaires contre le pouvoir dans ces deux pays des Balkans qui espèrent rejoindre en 2025 l'Union européenne.

Cette question est centrale pour Bruxelles. Or les atteintes à la presse restent inquiétantes. 

En décembre, le journaliste d'investigation Milan Jovanovic, spécialisé dans la corruption, a dû fuir sa maison en flammes, détruite par un incendie criminel dans la banlieue de Belgrade. Plusieurs suspects ont été rapidement relâchés, certains ont négocié une amende. 

Au Monténégro voisin, il a fallu plusieurs mois à la police pour annoncer l'arrestation de neuf hommes, soupçonnés d'être impliqués dans l'agression de la journaliste Olivera Lakic, blessée par balle devant son domicile de Podgorica en mai. 

Ces interpellations avaient été annoncées juste avant la visite du commissaire à l'Elargissement, Johannes Hahn. Après l'agression, Bruxelles avait prévenu que le processus d'adhésion serait "entravé" faute de progrès sur la question de la protection des médias.

Dans son dernier rapport sur la Serbie, le parlement européen a "fortement" incité Belgrade à "améliorer la situation sur la liberté d'expression" et des médias.

En Serbie, "la situation des médias n'a jamais été pire depuis 1998", sous l'ère Slobodan Milosevic, dit Ivan Protic, membre d'une ONG de Belgrade de surveillance le respect des droits fondamentaux, le Centre pour les droits de l'homme (BHCR). 

Le chercheur n'évoque pas 1998 par hasard. C'est l'année qui a vu "l'actuel président Aleksandar Vucic" devenir pour deux ans "ministre de l'Information" de Slobodan Milosevic, dit-il. Au Monténégro, le président Milo Djukanovic dirige le pays quasiment sans interruption depuis 1991.

- Les convertis -

Avant d'ambitionner de mener leur pays vers l'UE, les deux hommes partagent d'avoir été des alliés politiques de Milosevic. 

Cette conversion pro-occidentale remonte aux années 1990 pour le Monténégrin, une décennie plus tard pour l'ex-faucon ultranationaliste subitement devenu un politicien de centre droit pro-UE dans les années 2000. 

En 2018, l'Association indépendante des journalistes serbes a relevé 102 cas de pressions, d'agressions ou de menaces contre des journalistes ou des salariés d'entreprises de presse, une hausse de 15%. Le pays était classé en 2018 à la 76ème place sur 180 de l'Index de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), en baisse de dix places. Il y est devenu "périlleux d'être journaliste", selon RSF. 

Dans son rapport annuel, le BCHR met les dirigeants en cause: "Les attaques verbales contre les journalistes sont plus fréquentes dans les discours publics des politiciens au pouvoir, où les journalistes sont de plus en plus accusés de trahison ou d'être des mercenaires étrangers", dénonce le BCHR dans son rapport annuel.

- Pigeons de "ball-trap" -

S'il défend régulièrement la liberté de la presse, le Monténégrin Milo Djukanovic s'en prend volontiers aux journalistes. 

Avant la présidentielle de 2018, il a accusé le groupe de médias Vijesti, souvent critique, de promouvoir des "idées fascistes", d'être un "centre de l'opposition" et de vouloir "renverser le pouvoir à n'importe quel prix". Vijesti a été récemment la cible d'attaques de hackers qu'elle accuse le pouvoir de mener. Une enquête est en cours.  

A Belgrade, Aleksandar Vucic réfute toute dérive autoritaire. "Je suis une cible facile pour qui veut attaquer la Serbie par le prisme de la situation des médias, avant tout à cause de ma courte participation au gouvernement Milosevic il y a 20 ans", a-t-il confié en décembre au journal en ligne EUObserver.

Au Monténégro, un comité ad hoc a été mis en place par le gouvernement pour suivre les enquêtes policières. L'assassinat en 2004 de Dusko Jovanovic, rédacteur en chef du quotidien d'opposition Dan reste non élucidé, tout comme 80 agressions de journalistes.

"Les journalistes sont des +pigeons de ball-trap+, avec des cibles sur la tête, pendant que les criminels sont impunis et circulent librement", s'indigne le journaliste Tufik Softic, violemment battu en 2007. En 2013 un engin explosif a été lancé dans son jardin. 

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