Philippines: la journaliste Maria Ressa de nouveau poursuivie en diffamation

Philippines: la journaliste Maria Ressa de nouveau poursuivie en diffamation
La journaliste philippine Maria Ressa le 22 juillet 2020 à Manille

, publié le vendredi 04 décembre 2020 à 10h27

La journaliste philippine Maria Ressa a demandé vendredi à un tribunal de renoncer à des poursuites en diffamation lancées à son encontre, une affaire qui porte sur la capture d'écran d'un article publié sur internet.

Mme Ressa est la cofondatrice du site d'information en ligne Rappler qui a été visé par plusieurs procédures judiciaires après avoir publié des articles critiques contre la politique du président Rodrigo Duterte, y compris sa campagne sanglante et controversée contre le trafic de drogue.

Elle a déjà été condamné en juin pour diffamation mais a été laissée en liberté sous caution dans l'attente de la décision de la cour d'appel dans une affaire où elle risque jusqu'à six ans de prison. L'ancien journaliste de Rappler Reynaldo Santos a également été reconnu coupable dans ce premier dossier. 

Ancienne journaliste de CNN, Mme Ressa a qualifié la deuxième affaire de diffamation de "folle" et "dangereuse".

Les poursuites lancées le 23 novembre sont le résultat d'une plainte de l'homme d'affaires Wilfredo Keng contre un tweet de 2019 de Mme Ressa qui contenait une capture d'écran d'un article publié en 2002 au sujet de M. Keng sur le site Philstar.com.

Le site internet avait retiré l'article en question "car les proches de M. Wilfredo Keng avaient avancé la possibilité d'une action en justice", avait indiqué l'année dernière Philstar.com.

"Il est fou que je puisse être poursuivie pour avoir tweeté la capture d'écran d'un article de presse", a déclaré vendredi Mme Ressa aux journalistes après sa comparution.

"Cela va au-delà de ce que l'on peut imaginer. C'est pour cela que nous déposons un recours pour que ces poursuites soient annulées."

Sur le plan juridique, Mme Ressa, qui a aussi la nationalité américaine, affirme qu'elle ne peut être poursuivie pour le partage d'une capture d'écran d'un article qu'elle n'a pas écrit.

"C'est un mauvais précédent pour les réseaux sociaux, pour Twitter", a-t-elle dit. "C'est très dangereux."

Les poursuites qui ont débouché sur sa condamnation en juin émanaient également d'une plainte de M. Keng en 2017 pour un article écrit en 2012 sur les liens supposés entre M. Keng et le président de l'époque de la Cour suprême de l'archipel. 

Les poursuites se fondaient sur une loi controversée sur la cybercriminalité, réprimant la diffamation en ligne mais aussi le harcèlement ou la pédopornographie.

Les organisations de défense des droits de l'Homme et les associations luttant pour la liberté de la presse affirment que ces affaires de diffamation, les procédures fiscales contre Rappler et les efforts du gouvernement pour retirer ses accréditations au site relèvent du harcèlement. 

Amnesty International avait affirmé que les "attaques" contre Rappler s'inscrivaient dans une campagne contre la liberté de la presse aux Philippines.

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