Migrants: la police malaisienne interroge des journalistes d'Al Jazeera sur un documentaire

Migrants: la police malaisienne interroge des journalistes d'Al Jazeera sur un documentaire
La police malaisienne interroge vendredi 10 juillet des journalistes d'Al Jazeera sur un documentaire jugé tendancieux

, publié le vendredi 10 juillet 2020 à 14h22

La police malaisienne a interrogé vendredi six journalistes d'Al Jazeera, dont cinq Australiens, au sujet d'un documentaire sur les migrants qui a provoqué la colère des autorités, la chaîne qatarie se disant pour sa part choquée par cette enquête de la part des autorités.

L'interrogatoire est intervenu alors que les défenseurs des droits dénoncent une vague de poursuites contre des journalistes et militants ces derniers mois dans le pays.

Le documentaire intitulé "Locked Up in Malaysia's Lockdown" (Sous les verrous pendant le confinement en Malaisie) décrit une vague d'arrestations de centaines de migrants sans papiers dans les zones confinées, qui ont été placés en détention.

Mais le gouvernement a estimé qu'il était tendancieux et inexact, et la police mène une enquête pour déterminer si la chaîne a enfreint les lois contre la sédition, la diffamation et la transmission de contenu offensant.

Vendredi, six journalistes d'Al Jazeera, dont le chef de bureau de la chaîne, ont été interrogés pendant cinq heures par la police à Kuala Lumpur. Cinq d'entre eux sont Australiens.

Selon le chef de la police nationale Abdul Hamid Bador, les procureurs estiment que le documentaire contient "des éléments séditieux". "Nous allons leur donner l'opportunité de s'expliquer", a-t-il ajouté, assurant que la police agirait de façon "équitable".

Il a précisé ques les journalistes étaient interrogés comme témoins et non comme suspects et que la police recherchait un  Bangladeshi qui est apparu dans le documentaire.

La chaîne Al-Jazeera, dont le siège pour l'Asie est basé à Kuala Lumpur, s'est déclarée "choquée" par l'attitude des autorités malaisiennes. 

"Accuser des journalistes qui font leur travail n'est pas une action d'une démocratie qui respecte la liberté d'expression", a affirmé la chaîne, assurant que "le journalisme n'est pas un crime".

La diffusion du documentaire la semaine dernière avait déclenché de nombreuses protestations en ligne et le ministre malaisien de la Défense Ismail Sabri Yaakob avait demandé des excuses à Al Jazeera.

Les autorités ont justifié les arrestations du mois de mai parmi les migrants sans-papiers en affirmant qu'il s'agissait une mesure de santé publique nécessaire. Mais les associations de défense des droits soulignent que le placement en centre de détention a augmenté les risques de contamination de cette population. 

De nombreux migrants venus d'Indonésie, du Bangladesh et de Birmanie sont employés comme main d'oeuvre en Malaisie, pays d'Asie du Sud-Est relativement riche.

Les signes d'un recul de la liberté d'expression se multiplient en Malaisie depuis la chute du gouvernement réformiste de Mahathir Mohamad en février et le retour au pouvoir de l'UMNO (Organisation nationale unifiée malaise), embourbée dans un vaste scandale de corruption. 

Les responsables d'un des principaux sites d'informations, Malaysiakini, doivent comparaître pour outrage à la justice la semaine prochaine après la publication de commentaires de lecteurs critiquant le système judiciaire.

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