Meurtre de Khashoggi: sa fiancée dénonce l'inaction de la communauté internationale

Meurtre de Khashoggi: sa fiancée dénonce l'inaction de la communauté internationale
Hatice Cengiz, la fiancée du journaliste critique du pouvoir saoudien Jamal Khashogg tué à Istanbul par un commando saoudien en 2018, s'exprime à Bruxelles le 3 décembre 2019

, publié le mardi 03 décembre 2019 à 16h49

La fiancée de Jamal Khashoggi, Hatice Cengiz, et la rapporteure spéciale des Nations unies sur les exécutions sommaires, Agnès Callamard, ont dénoncé mardi à Bruxelles l'inaction de la communauté internationale vis-à-vis de l'Arabie saoudite, y compris celle de l'UE, 14 mois après le meurtre du journaliste à Istanbul.

Depuis la présentation en juin par Mme Callamard d'un rapport accablant pour le régime saoudien devant le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU à Genève sur ce meurtre, "il n'y a eu aucune action significative de la part de la communauté internationale", a déploré Hatice Cengiz, dont les propos en turc étaient traduits en anglais, lors d'une conférence de presse.

L'experte de l'ONU avait conclu qu'il existait des preuves suffisantes pour justifier l'ouverture d'une enquête internationale sur les responsabilités de hauts dirigeants saoudiens dans ce crime, y compris le prince héritier Mohammed ben Salmane.

M. Khashoggi, journaliste critique du pouvoir saoudien, a été tué et démembré dans le consulat de son pays à Istanbul par un commando saoudien, le 2 octobre 2018.

"Nous demandons l'ouverture d'une enquête internationale et je travaille à cette fin", a poursuivi Mme Hatice Cengiz. "Ce n'est pas un dossier qui peut être refermé comme ça. Pour moi, le meurtre de Jamal Khashoggi est le plus inhumain de l'ère moderne". 

"Je veux que cela continue à déranger les gens. Il faut que certains en perdent le sommeil", a-t-elle dit.

A ses côtés, Mme Callamard a "dénoncé (...) la passivité de la communauté internationale pour demander des comptes à l'Arabie saoudite", épinglant la volonté des Etats "de revenir au +business as usual+". 

"L'Union européenne a été, comme le reste de la communauté internationale, extrêmement décevante dans ses réactions à l'égard de l'Arabie saoudite", a poursuivi Mme Callamard, venue à Bruxelles pour rencontrer des responsables de l'UE.

"La communauté internationale envoie le message que les Etats dotés de suffisamment de pouvoir peuvent s'en sortir en toute impunité après le meurtre d'un journaliste", a-t-elle fustigé.

Elle a appelé à un moratoire sur les exportations de matériel de surveillance et à des sanctions ciblant les plus hauts responsables soupçonnés d'implication dans le meutre, y compris le prince héritier, estimant que les sanctions individuelles actuelles visaient des individus subalternes.

Mme Callamard a aussi de nouveau critiqué la tenue du prochain G20 en Arabie saoudite, une "erreur", et demandé aux pays y participant de mettre la liberté de la presse et la protection des droits de l'homme à l'agenda. Elle a par ailleurs appelé à la tenue d'un procès en Turquie sur ce meurtre.

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