Libération veut tripler ses abonnés en trois ans

Libération veut tripler ses abonnés en trois ans
Denis Olivennes, le 5 septembre 2019 à Paris

, publié le samedi 19 septembre 2020 à 22h47

Le directeur général de Libération, Denis Olivennes, ambitionne de tripler le nombre d'abonnés du quotidien en misant sur le "numérique" et "l'investigation", promettant que le titre restera "de gauche", dans une interview publiée jeudi sur le site du Point.

"Nous voulons atteindre 110.000 abonnés en 2023, contre 40.000 aujourd'hui", a déclaré M. Olivennes, au lendemain de la nomination du journaliste franco-israélien Dov Alfon à la direction de la rédaction, succédant à Laurent Joffrin.

"Dov Alfon va mettre en oeuvre la mutation de Libé vers l'abonnement numérique, comme il l'a fait" au sein du quotidien israélien Haaretz, dont il était le correspondant à Paris et qu'il a dirigé de 2008 à 2011, a assuré le co-gérant de Libération.

Le journal, qui vient de retrouver son indépendance, "est et restera un quotidien de gauche", a-t-il également affirmé.

"Ce sera le même quotidien, mais d'abord numérique et qui développera en particulier l'investigation, le reportage et l'opinion", a précisé M. Olivennes.

Son plan reposera sur "une nouvelle organisation" avec "un vrai service d'actualité, une rédaction +assise+ comme dit Dov Alfon, qui va traiter l'actualité immédiate, et une rédaction +debout+ qui va produire les contenus propres de Libé".

Il s'appuiera sur de "nouveaux outils technologiques ultra-performants grâce à l'acquisition auprès du Washington Post de son logiciel de publication et de gestion des contenus numériques", et sur "les 180 journalistes de la rédaction", qui ont approuvé "à 90%" le projet de Dov Alfon.

Une mutation nécessaire, selon lui, alors que Libé, qui se vend autour de 70.000 exemplaires par jour, accuse "structurellement 8 millions d'euros de pertes" par an.

Pour atteindre "l'équilibre" financier, M. Olivennes entend en outre doubler le "chiffre d'affaires de la publicité" (qui ne représente que 10% du chiffre d'affaires total actuellement, selon lui), en développant par exemple le "brand content" (production de contenus pour des marques).

Le quotidien a été transféré en début de mois par son ancien propriétaire Altice dans un fonds de dotation, une structure censée garantir l'indépendance du titre mais qui suscite des interrogations chez les salariés.

Le fondateur d'Altice, Patrick Drahi, "s'est engagé à couvrir les besoins de financement du business plan, soit 17,4 millions d'euros et la clause de cession", un dispositif qui permet des départs volontaires, a précisé M. Olivennes.

"Il est le donateur du fonds de dotation et pourra l'abonder si nécessaire" a-t-il rappelé, tout en disant espérer que Libé atteindra l'autofinancement.

Au sein du quotidien israélien de gauche Haaretz, où sa nomination a été saluée, Dov Alfon a notamment dirigé et rénové le supplément du week-end avant de prendre la tête du titre de 2008 à 2011, où il s'est chargé de doper les abonnements numériques.

"Dov est avant tout quelqu'un d'extrêmement créatif", a commenté auprès de l'AFP Gideon Lévy, journaliste à Haaretz depuis plus de 30 ans. "Je pense qu'ils ont pris une bonne décision" à Libération "car il peut faire des choses inattendues", a-t-il ajouté.

"C'est quelqu'un de très intelligent, très réfléchi, qui s'intéresse à beaucoup de choses, qui aime les livres, la culture, la littérature, la philosophie", a abondé le rédacteur en chef de Haaretz, Aluf Benn, qui lui a succédé "il y a neuf ans", faisant part de "sa grande fierté".

Romancier primé, spécialiste du numérique, Dov Alfon a également été consultant pour des séries télévisées.

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