Les syndicats à la recherche de la bonne stratégie sur les réseaux sociaux

Les syndicats à la recherche de la bonne stratégie sur les réseaux sociaux
Manifestation intersyndicale à Paris le 14 décembre 2018 pour les retraites et une hausse du pouvoir d'achat

AFP, publié le mardi 12 février 2019 à 09h39

Twitter, Facebook, Instagram, YouTube... Les réseaux sociaux apparaissent comme une évidence pour les "gilets jaunes", nettement moins pour les syndicats, qui s'y mettent doucement. Et pas question d'abandonner le bon vieux tract pour mobiliser ou parler revendications sociales.

"Un compte Twitter pour quoi faire? Je ne suis pas là pour faire la communication façon Macron", balaie Philippe Martinez, numéro un de la CGT.

Son syndicat, le plus ancien en France, né il y a 123 ans, a ouvert un compte sur ce réseau en 2016, bien après la CFDT et la CFE-CGC (2009) ou FO (2010). 

Le président de la CFTC, Philippe Louis, n'a pas de compte Twitter non plus, ni Cécile Gondard-Lalanne (Solidaires) ou Bernadette Groison (FSU).

"Les syndicats sont en retard sur le sujet du numérique et des réseaux sociaux", souligne Pierre Boullier, consultant spécialisé dans les réseaux sociaux.

Or "c'est là que se trouve une partie des revendications et donc des personnes à écouter", poursuit-il. En 2014, il avait montré dans une étude une présence "extrêmement limitée" des syndicats représentatifs (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC) sur Twitter, Facebook, Linkedin, Viadeo, Youtube et Dailymotion, une situation devenue "moins critique" depuis.

Les "atouts majeurs" des réseaux: "la réactivité, l'interactivité et la facilité de mise en œuvre", résume Fabienne Hilmoine, de la CFE-CGC, première confédération en termes d'adhérents sur Twitter (près de 60.000). "C'est un espace d'échanges et de mise en avant de ce qu'on fait", ajoute Simon Duteil (Solidaires).

Pour leur stratégie, les organisations font la différence entre les réseaux: Twitter pour communiquer avec l'"extérieur" (journalistes, politiques), prendre position, retranscrire en direct un évènement; Facebook pour entretenir le réseau de militants, partager des informations, discuter; Instagram pour échanger des photos, affiches, vidéos avec des militants et YouTube pour s'adresser au grand public et aux militants. 

"Twitter est un microcosme, l'univers de la petite phrase, du buzz, analyse M. Duteil. Ce n'est pas le tempo du syndicalisme". Il préfère Facebook pour "convaincre".

- "C'est du chinois" -

Ces outils sont bien accueillis en interne mais il existe quelques freins.

"Sur Facebook, devenir fan de la CFDT, c'est déjà un acte militant", explique Florian Meyer, de la CFDT. "Quand on connaît l'image qu'ont les syndicats en France, même les adhérents réfléchissent à deux fois avant de faire le pas", raconte-t-il. La confédération compte un peu plus de 18.000 fans sur Facebook (pour 623.000 adhérents) et 46.000 sur Twitter.

Signe des temps, les syndicats commencent à proposer des formations aux militants car, pour certains, "c'est du chinois!", sourit M. Duteil.

Parallèlement, ils ont multiplié récemment les pétitions en ligne, longtemps évitées par crainte de récupération.

La CFDT en a lancé une en 2017 ("appel des 10.000"), qui a recueilli 18.000 signatures, la CGT vient d'en proposer une sur le pouvoir d'achat (1.800 signatures) et, fait inédit, dans la fonction publique, huit syndicats représentatifs se sont associés fin janvier pour une pétition commune, aussi sur le pouvoir d'achat (près de 58.000 signatures).

On est encore loin du 1,2 million de signatures pour celle de Priscillia Ludosky, une des figures des "gilets jaunes".

Autre initiative: des études en ligne ouvertes à tous. Comme celles de la CFDT sur le travail en 2017 ou les retraites en 2018, auxquelles respectivement plus de 200.000 personnes et 122.000 personnes ont répondu. La CGT vient de lancer la sienne, sur les femmes militantes.

Mais "il n'est pas question" de dire que ces initiatives et les réseaux sociaux "vont se substituer à l'action de proximité", insiste M. Meyer. "Le tract peut avoir une image ringarde mais c'est ce qui permet la rencontre".

Les réseaux sociaux "ne remplacent pas les affiches, les tracts, qui restent le principal outil de développement syndical", abonde Mme Hilmoine. Avec les réseaux, "on touche plus de surface mais ce n'est pas la même interaction: c'est volatil. Les gens passent d'un +post+ à un autre sans s'attarder", explique M. Duteil.

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