Le "coup" électoral de Floride en 2000 au coeur d'un documentaire de HBO

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Des partisans du candidat républicain à la présidentielle George W. Bush manifestent à Tallahassee, le 2 décembre 2000 en Floride
Des partisans du candidat républicain à la présidentielle George W. Bush manifestent à Tallahassee, le 2 décembre 2000 en Floride
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© AFP

, publié le mardi 20 octobre 2020 à 10h17

Deux semaines après une élection très serrée, une foule en colère dénonçant un "coup d'Etat" fait irruption dans un bâtiment officiel pour intimider un groupe de scrutateurs en train de compter les derniers bulletins de vote qui vont décider du prochain président américain.

Malgré les craintes de son réalisateur, cette scène du documentaire "537 voix" qui sort sur HBO n'est pas une prédiction de ce qui attend les Etats-Unis le mois prochain. Il s'agit d'un retour sur les événements qui ont réellement secoué la Floride après un scrutin très contesté, en 2000.

"537 voix" rappelle comment des manifestants républicains ont décidé d'influer sur l'issue du vote en pénétrant de force dans un immeuble gouvernemental à Miami, pour protester contre le recomptage à la main d'une dizaine de milliers de bulletins.

Ce nouveau décompte, qui aurait pu faire basculer l'élection en faveur du candidat démocrate de l'époque, Al Gore, n'avait pas été à son terme et c'est finalement George W. Bush qui avait été déclaré vainqueur en Floride, avec seulement 537 voix d'avance. En remportant cet Etat, il avait par la même occasion décroché les clés de la Maison Blanche.

Pour le réalisateur Billy Corben, le même scénario pourrait bien se reproduire à grande échelle dans la foulée de l'élection du 3 novembre prochain. 

"Il est impossible de dire combien de Miami on aura, et combien d'Etats seront comme la Floride en 2000. C'est une perspective vraiment effrayante", déclare-t-il à l'AFP.

En raison notamment de la pandémie de Covid-19, le vote par correspondance, pratique très répandue aux Etats-Unis, a explosé et pourrait entraîner d'importants retards dans la proclamation du vainqueur de l'élection présidentielle. Et des experts, comme ceux du Transition Integrity Project, mettent en garde contre une période de "chaos" politique et juridique qui pourrait en résulter.

- "Combat de rue" -

Le président Donald Trump a déjà préparé le terrain. Il martèle depuis des semaines, sans aucun élément concret, que ses adversaires démocrates utilisent ce mode de vote pour détourner des voix ou bourrer les urnes.

M. Trump s'est en outre refusé à déclarer qu'il accepterait le résultat de l'élection et a appelé ses partisans à se rendre dans les bureaux de vote et à "protéger" les urnes, ravivant les craintes de violences.

Le leader républicain au Sénat, Mitch McConnell, a tenu à rassurer les citoyens que le vainqueur de l'élection, quel qu'il soit, entrera bien en fonction le 20 janvier, comme prévu.

Mais les responsables des deux camps interviewés pour "537 voix", dont Roger Stone, ancienne éminence grise du Parti républicain et ex-conseiller de Donald Trump, ne présentent pas les choses sous un jour si optimiste.

"Le recomptage en Floride était un combat de rue pour la présidence des Etats-Unis", estime Roger Stone, interrogé par l'équipe du film l'an dernier, avant sa condamnation pour avoir menti au Congrès et subornation de témoin. Sa peine a depuis lors été commuée par son vieil ami Donald Trump.

Pour Roger Stone, les "discours enflammés" des manifestants de Miami criant à la fraude et au coup d'Etat "ont extrêmement bien fonctionné" et permis d'assurer la victoire du président Bush. 

Le documentaire de Billy Corben affirme en outre que des "néo-fascistes" appartenant à la communauté d'origine cubaine, très nombreuse en Floride, ont été "instrumentalisés" par les républicains en 2000.

Le président Trump a lui-même été à de nombreuses reprises accusé de faire les yeux doux aux groupes d'extrême-droite, y compris des militants armés prônant la supériorité de la "race blanche", à des fins électorales.

"Ces tactiques fonctionnent... Elles ont fonctionné en 2000 et (Trump) espère qu'elles fonctionneront encore", lance Billy Corben. "Et si le scrutin est serré, elles peuvent marcher de nouveau", s'inquiète-t-il.

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