La journaliste russe accusée de "justifier le terrorisme" condamnée à une amende

La journaliste russe accusée de "justifier le terrorisme" condamnée à une amende
La journaliste russe Svetlana Prokopieva le 6 juillet 2020 à sa sortie du tribunal de Pskov (nord ouest)

, publié le lundi 06 juillet 2020 à 13h58

Une journaliste a été condamnée lundi en Russie à une amende pour "justification du terrorisme" en raison d'une de ses chroniques, échappant à la prison dans cette affaire qui a indigné les défenseurs de la liberté de la presse.

Svetlana Prokopieva, basée à Pskov (nord-ouest) et qui travaille pour le service russe du média américain Radio Free Europe/Radio Liberty, a été reconnue coupable par un tribunal régional et condamnée à une amende de 500.000 roubles (environ 6.160 euros), alors que le parquet avait requis six ans d'emprisonnement.

Sortant du tribunal un bouquet de fleurs à la main, la journaliste a dit vouloir faire appel, mais s'est réjouie aussi de ne pas avoir été interdite d'exercer son métier.

"Le succès le plus important est de ne pas avoir été interdite d'exercer ma profession", a-t-elle dit.

La justice lui reproche un article sur un attentat qui avait visé une antenne des services de sécurité (FSB) en 2018.

Un adolescent se revendiquant anarchiste a commis un attentat suicide dans le bâtiment du FSB à Arkhanguelsk (nord-ouest), blessant trois membres des services de sécurité.

Quelques jours plus tard, Mme Prokopieva avait lu à l'antenne locale de la radio Echo de Moscou une chronique où elle liait cet attentat au climat politique instauré dans le pays par le président Vladimir Poutine et dénonçait la toute puissance des services de sécurité.

La journaliste de 40 ans avait rejeté les accusations portées contre elle et dénoncé une "vengeance" des services de sécurité pour ses "critiques violentes et manifestement justes".

A l'annonce de la décision lundi, les soutiens de la journaliste ont crié "honte!" et "elle n'est pas coupable!", selon une journaliste de l'AFP sur place.

Plusieurs ONG de défense des droits humains et les médias russes indépendants avaient dénoncé les poursuites contre Svetlana Prokopieva.

L'organisation Reporters Sans Frontières (RSF) s'est dit lundi "soulagée" que la journaliste n'aille pas en prison. 

La principale organisation russe de défense des droits humains, Memorial, a dénoncé lundi une affaire "clairement à caractère politique" et qui vise à "servir d'exemple afin d'intimider les journalistes russes".

Human Rights Watch a aussi dénoncé un "précédent dangereux" après la condamnation de la journaliste.

Des manifestations en solitaire, seule forme de protestation tolérée en Russie, en soutien à la journaliste se sont déroulées ce weekend et lundi à Pskov et à Moscou, et ont donné lieu à des interpellations.

La Russie de Vladimir Poutine est accusée depuis le début des années 2000 de juguler toujours plus la liberté de la presse et d'intimider les voix critiques. 

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