En pleine période de turbulences, la BBC va changer de patron

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Le directeur général de la BBC Tony Hall devant le siège de la BBC à Londres le 15 novembre 2018
Le directeur général de la BBC Tony Hall devant le siège de la BBC à Londres le 15 novembre 2018
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© AFP, Ben STANSALL, POOL

, publié le lundi 20 janvier 2020 à 17h08

Le directeur général de la BBC a annoncé lundi sa démission en pleine période de turbulences pour le géant public des médias britanniques, dans le collimateur du pouvoir conservateur et confronté au défi du rajeunissement de son audience.

Dans sa lettre de démission, Tony Hall, 68 ans, explique que sa décision a été "difficile" à prendre après sept ans en poste, mais qu'il souhaite donner la priorité aux "intérêts de l'organisation". Il quittera la BBC à l'été et plusieurs candidats à son remplacement sont déjà évoqués, comme l'ancien député et ministre travailliste James Purnell.

La BBC est dotée d'une charte qui sécurise sa mission d'ici 2027 et sera examinée à mi-parcours au printemps 2022. M. Hall a justifié son départ en estimant "juste" que son successeur soit en place avant ce passage en revue, qui concernera aussi la redevance, sa principale source de financement.

Ces discussions s'annoncent compliquées politiquement. Le média public a été critiqué, à droite comme à gauche, pour son traitement de la campagne des élections législatives du mois dernier.

Il se trouve particulièrement dans le viseur des conservateurs du Premier ministre Boris Johnson, étrillé par un intervieweur incisif de la BBC, Andrew Neil, pour avoir refusé de répondre à ses questions contrairement aux autres chefs de partis.

Le Premier ministre s'est prononcé pour une baisse de la redevance et une réduction des amendes pour ceux qui ne la payent pas, laissant planer l'incertitude sur le financement du groupe qui emploie plus de 2.000 journalistes.

Depuis les élections, les ministres n'acceptent plus les invitations de l'influente matinale de BBC 4, radio généraliste du groupe.

Dans sa lettre de démission, M. Hall a défendu les valeurs prônées par son média, affirmant qu'"à l'ère des fake news", la BBC restait "un repère en matière d'impartialité et de vérité." Il a déclaré qu'il quittait un média devenu "plus innovant, plus ouvert, plus inclusif, plus vigilant commercialement" mais qui devait continuer à se réformer.

- "Génération" perdue -

Face à l'émergence du numérique, la BBC a développé la télévision de rattrapage (BBC iPlayer), la diffusion de ses antennes et émissions en podcasts sur téléphone mobile (BBC Sounds) et son site d'information.

Avec le groupe audiovisuel ITV, la BBC a aussi lancé en novembre Britbox, un service de vidéo à la demande censé concurrencer le géant américain du streaming Netflix.

En octobre, le régulateur audiovisuel britannique, l'Ofcom, avait cependant appelé la BBC à en "faire plus" pour séduire un jeune public, faute de quoi elle risque de perdre "une génération" de contributeurs potentiels à la redevance, (154,50 livres sterling, soit 178 euros).

Selon le régulateur, la BBC reste la principale source d'information des Britanniques, et sa réputation de précision et de confiance se maintient. Mais le temps de visionnage chute chez les enfants et les jeunes adultes, là où Netflix progresse.

Selon Mark Thomson, ancien directeur général de la BBC, celle-ci pourrait se transformer et devenir un service par abonnement comme Netflix. Toutefois, ce "ne serait plus la BBC", qui est jusqu'à présent un "service universel payé par tous et utilisé par tous", a reconnu dimanche celui qui dirige désormais le New York Times.

Parmi ses points faibles, la BBC est parfois vue comme représentant une "petite bourgeoisie blanche" et centrée sur Londres, a relevé l'Ofcom dans son rapport. Elle tâche d'améliorer sa représentativité et a nommé à l'automne sa première directrice chargée de la diversité créative.

La BBC est malgré tout confrontée à une fronde en interne sur la question de l'égalité salariale. S'estimant désavantagées par rapport à leurs collègues masculins, plusieurs présentatrices l'ont poursuivie en justice.

L'une d'elle, Sarah Montague va toucher 400.000 livres (468.000 euros) en vertu d'un accord annoncé dimanche soir.

Le président de la BBC, David Clementi, a salué dans un communiqué "l'intégrité" et la "passion" de Tony Hall et expliqué que son successeur serait nommé par le conseil d'administration de la BBC après examen de candidatures internes et externes.

M. Hall a été nommé président du conseil d'administration de la National Gallery, a annoncé le prestigieux musée d'art londonien, précisant que l'une de ses priorités sera, là aussi, d'atteindre de nouveaux publics.

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