Journaliste tuée en Irlande du Nord : la Nouvelle IRA admet sa responsabilité

Chargement en cours
La jouirnaliste Lyra McKee, en mai 2017 à Belfast
La jouirnaliste Lyra McKee, en mai 2017 à Belfast
1/2
© AFP, Jess LOWE, JESS LOWE PHOTOGRAPHY

AFP, publié le mardi 23 avril 2019 à 20h50

Le groupe républicain dissident Nouvelle IRA a admis mardi sa responsabilité dans la mort par balle à Londonderry de la journaliste Lyra McKee, pour laquelle une femme de 57 ans a été arrêtée par la police nord-irlandaise.

Dans une déclaration au quotidien The Irish News, la Nouvelle IRA présente "ses sincères et entières excuses à la partenaire, à la famille et aux amis de Lyra McKee pour sa mort".

Cette jeune femme de 29 ans a été "tragiquement" tuée jeudi soir alors qu'elle se "tenait à côté des forces ennemies", a justifié le groupe en évoquant des forces de l'ordre "lourdement armées" qui auraient "provoqué les émeutes" précédant la mort de la journaliste.

La police nord-irlandaise (PSNI) a affirmé que Lyra McKee avait été tuée par un homme ayant ouvert le feu contre des policiers qui affrontaient des émeutes dans le quartier catholique de Creggan.

Elle a annoncé mardi l'arrestation d'une femme de 57 ans dans l'enquête sur la mort de la journaliste. Les deux hommes de 18 et 19 ans arrêtés samedi ont eux été relâchés depuis, sans poursuite.

Les funérailles de la jeune femme doivent avoir lieu mercredi, à la cathédrale Sainte-Anne de Belfast, d'après une publication Facebook de la compagne de Lyra Mckee, Sara Canning.

"Cela va être une célébration de sa vie", a-t-elle écrit, appelant les personnes qui souhaitent y assister à se vêtir de T-shirts imprimés de personnages de Marvel ou de la saga littéraire Harry Potter. "Je sais qu'elle aurait adoré ça", a-t-elle affirmé.

Le vice-Premier ministre irlandais, Simon Coveney, a annoncé qu'il assisterait à ces funérailles.

- "Lutter pour la paix" -

La ministre britannique en charge de l'Irlande du Nord, Karen Bradley, a rendu hommage à la jeune femme, une "brillante et talentueuse journaliste", dont la mort "est une véritable perte pour l'Irlande du Nord".

"Nous continuerons à lutter pour la paix" dans la province, a-t-elle déclaré devant la Chambre des Communes. "Nous disons aux responsables de cet acte terroriste que nous avons entendu vos excuses hypocrites. Personne n'y croit. Ce n'était pas un accident".

Le décès de Lyra McKee a ravivé le souvenir des  "Troubles" qui ont déchiré la province britannique d'Irlande du Nord pendant trois décennies.

Ces violences opposant républicains nationalistes (catholiques), partisans de la réunification de l'Irlande, et loyalistes unionistes (protestants), défenseurs du maintien dans la Couronne britannique, avaient fait quelque 3.500 morts avant de prendre fin grâce à l'accord du Vendredi saint de 1998. Cet accord avait imposé un retrait des forces britanniques et le désarmement de l'Armée républicaine irlandaise (IRA).

Mais des républicains dissidents, luttant pour la réunification de l'Irlande y compris par la violence, restent actifs, comme la Nouvelle IRA, créée entre 2011 et 2012.

Ce groupe avait revendiqué l'explosion en janvier d'une voiture piégée à Londonderry. Un attentat auquel a succédé la découverte de plusieurs paquets contenant des petits engins explosifs, retrouvés notamment dans des bâtiments des aéroports de Londres City et Heathrow, des actes également revendiqués par la Nouvelle IRA.

- "Pas en notre nom" -

Après la mort de Lyra McKee, la police nord-irlandaise a affirmé avoir constaté un "changement radical" à Creggan, jusqu'ici réputé pour ses relations tendues avec les forces de l'ordre.

Et sur l'emblématique mur du "Free Derry Corner", symbole des revendications séparatistes, a été inscrit le message "Pas en notre nom. R.I.P. Lyra", reflétant la colère des habitants et le rejet de cette forme de violence.

Les six principaux partis politiques d'Irlande du Nord - y compris les unionistes et les républicains incapables depuis plus de deux ans de se mettre d'accord pour former un gouvernement à Belfast - ont également publié une rare déclaration commune.

"Le meurtre de Lyra, ont-ils écrit, constitue une attaque contre tous les membres de cette communauté, une attaque contre la paix et le processus démocratique".

La formation d'extrême gauche Saoradh, qui se présente comme le Parti républicain révolutionnaire nord-irlandais, avait elle qualifié le décès de Lyra McKee de "tragique", tout en jugeant "inévitable la résistance de la jeunesse de Creggan" contre la police.

Lundi, des amis de Lyra McKee s'étaient réunis devant les locaux de Saoradh, marquant les murs d'empreintes de main avec de la peinture rouge en signe de protestation.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.