Journaliste condamné au Monténégro: "Journée noire", selon RSF

Journaliste condamné au Monténégro: "Journée noire", selon RSF
Jovo Martinović, le 27 mai 2018 à Podgorica

, publié le jeudi 08 octobre 2020 à 15h37

Un journaliste d'investigation monténégrin, Jovo Martinovic, a été condamné jeudi à un an de prison dans une affaire de trafic de drogue, à l'issue d'un procès qui a scandalisé les défenseurs de la liberté de la presse.

Martinovic, 48 ans, qui depuis le début de cette affaire affirme que ses liens avec des trafiquants étaient uniquement professionnels, entretenus dans le cadre de son métier, n'ira pas en prison parce qu'il avait déjà passé près de 15 mois en détention, après son arrestation en 2015.

Dans un premier procès, il avait été condamné en janvier 2019 à 18 mois de prison, mais ce verdict a été annulé.

C'est "une journée noire pour la liberté de la presse en Europe", a déploré sur Twitter l'ONG Reporters sans frontières (RSF).

Dans ce second procès, le journaliste a été reconnu coupable d'être un "intermédiaire dans un trafic de drogue", a rapporté une journaliste de l'AFP.

Avant l'énoncé du verdict, le RSF et sept autres organisations de défense de la liberté de la presse ont demandé l'acquittement de Martinovic, lauréat en 2018 du prix Peter Mackler qui récompense l'éthique et le courage journalistiques.

Ces ONG ont estimé qu'"une nouvelle condamnation du journaliste monténégrin porterait atteinte à la liberté des médias dans le pays et serait incompatible avec l'adhésion du Monténégro à l'Union européenne".

Au moment de son arrestation en 2015, Martinovic travaillait sur le gang international des "Pink Panthers", composé de braqueurs de l'ex-Yougoslavie, auquel on attribue une centaine d'attaques de bijouteries dans le monde.

Martinovic, qui collabore avec plusieurs médias internationaux, a déclaré jeudi qu'il allait faire appel et qualifié le verdict de "politique et honteux".

"Les dépositions des témoins étaient à ma décharge, toutes les preuves étaient à ma décharge. Le tribunal n'a pas voulu accepter les preuves que j'ai proposées et qui démontrent que je faisais mon travail (...) Ce jugement a été écrit depuis longtemps", a-t-il déclaré à la presse.

En proie à un lourd problème de criminalité organisée, le Monténégro est candidat à devenir membre de l'UE.

Après la première condamnation de Martinovic, la Commission européenne avait demandé à la justice monténégrine de mener un procès "équitable" et souligné que "la liberté d'expression (était) un élément clé du processus d'adhésion du Monténégro" à l'UE.

Dans son rapport annuel sur le Monténégro, publié mardi, la Commission européenne a constaté que le pays "n'(avait) réalisé aucun progrès en matière de liberté d'expression".  

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