Droits TV: un conflit qui perdure

Droits TV: un conflit qui perdure
Jaume Roures, le patron de Mediapro, principal diffuseur de la L1 et L2, lors d'une conférence de presse, le 21 octobre 2020 à Paris

, publié le vendredi 20 novembre 2020 à 13h18

Le bras de fer entre la LFP (Ligue de football professionnel) et Mediapro n'a pour l'instant pas trouvé d'issue, et si certains acteurs s'activent en coulisses, le scénario d'une sortie de crise a encore du mal à se matérialiser.

. Quand le football français sera-t-il fixé?

Une conciliation est en cours auprès du tribunal de commerce de Nanterre entre la LFP et Mediapro. "Elle fige les positions", et du coup empêche pour l'instant la LFP de dénoncer le contrat, assure une source proche du dossier. Cette procédure peut en théorie durer jusqu'à cinq mois mais plusieurs médias assurent que le conciliateur a prévu de rendre ses conclusions dès le 7 décembre, soit deux jours après la troisième échéance que Mediapro est censé verser à la LFP, d'un montant de 152,5 M EUR selon L'Equipe.

. Y a-t-il une chance que Mediapro paye sa prochaine échéance?

A priori aucune. Le groupe sino-espagnol considère que les échéances n'ont "pas beaucoup de sens" dans le cadre du processus de conciliation qui suspend tous les engagements.

Déjà contrainte en octobre à un emprunt de court terme de 120 M EUR pour compenser l'absence du versement d'octobre de 172,3 M EUR, la Ligue pourrait devoir réitérer la démarche. Elle a en tout cas déjà souscrit une option de 180 M EUR supplémentaires auprès de son organisme financeur dont l'identité n'a pas filtrée, selon le procès verbal de sa dernière assemblée générale. Peut-elle continuer longtemps comme ça ? Il faudra en tout cas prendre en compte les intérêts, car la rémunération de ce premier prêt est située à 5,5 %.

. Canal Plus peut-il être la clé?

Selon RMC, des discussions ont déjà lieu entre Canal Plus et la LFP. La chaîne cryptée, interrogée par l'AFP, n'a pas souhaité faire de commentaire. Si rien ne semble pouvoir être entamé concrètement avant la fin de la conciliation, plusieurs présidents de clubs, dont Jean-Pierre Caillot et Waldemar Kita, ont indiqué souhaiter que Canal soit intégré à l'avenir. "Je serais très heureux et très content que Canal revienne", a dit le président nantais à RMC, "mais il faut respecter le calendrier". Jean-Michel Aulas a également évoqué lors d'un entretien à l'AFP une solution possible "autour de Canal".

La conciliation "peut aider" à trouver un accord de sous-licence entre Mediapro et d'autres diffuseurs, selon un connaisseur du dossier. Mais les relations sont assez fraîches entre Canal Plus et Mediapro. "C'est la guerre entre les deux depuis que Canal s'est fait chiper les droits", explique une source proche de la LFP. 

. Quelles issues pour la conciliation?

Mediapro a expliqué plusieurs fois vouloir "discuter des modalités de la saison 2020-21", et uniquement de celle-ci. Mais le groupe n'a rien dit d'autre sur ses intentions, même si le quotidien L'Equipe affirme qu'il souhaiterait une ristourne de 170 à 200 M EUR sur cette saison, sur les plus de 800 M EUR dûs par Mediapro cette saison.

Si les discussions restent confidentielles, certains observateurs avisés isolent plusieurs issues possibles au conflit. Première option: une ristourne pourrait être accordée au diffuseur. "Mais cela impliquerait d'en accorder une similaire à tous les autres partenaires", glisse un habitué des instances. Autre issue: une "exit clause" qui prévoirait le renoncement de Mediapro, le paiement par le diffuseur d'une indemnité de sortie en échange de l'assurance que la Ligue ne le poursuivra pas en justice. Dans ce cas, un nouvel appel d'offres pourra être mis sur pied. Enfin, si aucun accord n'est trouvé, il ne restera plus que la voie juridique pour que la Ligue obtienne au bout d'un long procès ses versements.  

. Le politique va-t-il s'en mêler?

Emmanuel Macron a été clair mardi lors d'une rencontre avec le monde du sport. "Je pense qu'il y a assez d'acteurs historiques pour trouver une solution entre les partenaires", a-t-il expliqué selon plusieurs médias. Fin de non-recevoir, les instances du football vont devoir se débrouiller seules.

Le ministre de l'Education nationale et des sports Jean-Michel Blanquer a toutefois prévenu mercredi sur RMC que l'Etat sera "très attentif à ce qu'aucun club ne fasse faillite en L1".

Le président de la République en a d'ailleurs profité mardi pour tacler la LFP à propos du contrat avec Mediapro conclu en 2018. "On avait alerté la ligue. On savait que ce contrat était fragile", a-t-il assuré. "Je pense que les personnes qui l'ont négocié n'ont pas été très sérieuses." Des propos visant directement l'ancienne présidente de la LFP Nathalie Boy de la Tour, et l'ex-directeur général Didier Quillot. Ce dernier a assuré à L'Equipe que "la Ligue n'a jamais reçu ni note ni alerte de l'Elysée relative à la fragilité de Mediapro".

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