De nombreuses rédactions refusent d'accréditer leurs journalistes à des manifestations

De nombreuses rédactions refusent d'accréditer leurs journalistes à des manifestations
Rassemblement contre la proposition de loi sur la "sécurité globale" à l'appel des syndicats de journalistes et de diverses organisations, à Paris le 17 novembre 2020

, publié le vendredi 20 novembre 2020 à 18h42

Les directions des rédactions de nombreux médias nationaux et régionaux se sont engagées à ne pas accréditer leurs journalistes pour couvrir des manifestations, au nom de la liberté de la presse, dans une tribune publiée vendredi sur le site du Monde.

"Responsables de rédaction, nous nous inquiétons de la volonté du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, de porter atteinte à la liberté de la presse dans le cadre des manifestations", écrivent-ils.

"Les journalistes n'ont pas à se rapprocher de la préfecture de police pour couvrir une manifestation. Il n'y a pas d'accréditation à avoir pour exercer librement notre métier sur la voie publique. Nous refuserons, pour cette raison, d'accréditer nos journalistes pour couvrir les manifestations", ajoutent les signataires.

En outre, "ce dispositif s'inscrit dans un contexte particulièrement inquiétant avec la proposition de loi sur la +sécurité globale+ qui prévoit la restriction de la diffusion des images de policiers et de gendarmes", ajoutent les directions des rédactions, qui réaffirment également leur "attachement à la loi de 1881 sur la liberté de la presse" et assurent qu'ils resteront "vigilants pour qu'elle soit préservée".

Cette tribune a été signée par les responsables des rédactions d'une quarantaine de médias nationaux dont 20 Minutes, AFP, BFM-TV, Le Canard enchaîné, Charlie Hebdo, Europe 1, les rédactions de France Télévisions et des antennes de Radio France, la Croix, Les Echos, Le Figaro, L'Express, Le Point, Le Monde, Le Parisien, Libération, L'Obs, M6, Marianne, Mediapart, RMC, RTL ou encore TF1.

Plus d'une trentaine de titres de la presse quotidienne régionale ont également signé ce texte, dont L'Alsace, Le Progrès, La Montagne, la Provence, Sud Ouest.

Par ailleurs, plusieurs dirigeants de ces médias ont exprimé leur préoccupation concernant l'article 24 de la proposition de loi "pour une sécurité globale", dont la direction de l'information de l'AFP.

Cette disposition controversée "menace l'exercice du travail des journalistes sur le terrain, la liberté de la presse et plus généralement le droit d'informer", a estimé le directeur de l'information de l'agence de presse, Phil Chetwynd.

De son côté, le directeur du Monde Jérôme Fenoglio déclare, dans un éditorial publié vendredi, qu'"aucune réécriture ne peut plus justifier l'indéfendable article 24, dont la suppression pure et simple s'impose désormais".

Les syndicats de journalistes ont eux-mêmes appelé solennellement les éditeurs de presse et les dirigeants des rédactions à se mobiliser dans cette "guerre des images". "Il en va de leurs responsabilités de protéger la liberté d'informer et de garantir l'indépendance des journalistes, leurs salariés. Il n'y a pas de démocratie sans information libre", ont-ils souligné dans un communiqué intersyndical, appelant également les rédactions à "flouter les images des promoteurs de la proposition de loi Sécurité globale, à commencer par Gérald Darmanin".

Le gouvernement s'est engagé à amender l'article 24 de la proposition de loi "Sécurité globale" pour garantir la liberté d'informer, alors que les syndicats de journalistes et défenseurs des libertés publiques estiment que cette mesure interdirait en pratique de filmer les forces de l'ordre et empêcherait de documenter les violences policières.

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