Chine: l'éditeur suédois Gui Minhai condamné à 10 ans de prison

Chine: l'éditeur suédois Gui Minhai condamné à 10 ans de prison
L'éditeur suédois Gui Minhai sur une pancarte (à droite). Photo prise le 19 janvier 2016

, publié le mardi 25 février 2020 à 08h02

L'éditeur suédois Gui Minhai, accusé d'avoir diffusé des "informations classées", a été condamné en Chine à 10 ans d'emprisonnement, un verdict qui risque d'attiser les vives tensions diplomatiques entre Pékin et Stockholm.

A la fois libraire et éditeur, Gui Minhai, 55 ans, publiait à Hong Kong des livres au contenu salace sur les dirigeants chinois. Il avait déjà été détenu en Chine entre 2015 et 2017, avant de "disparaître" à nouveau dans le pays en février 2018.

Un tribunal de Ningbo (est de la Chine), qui a prononcé la condamnation lundi, l'a reconnu coupable d'avoir "illégalement diffusé à l'étranger des informations classées", sans préciser la nature de ces dernières.

Le tribunal a assuré dans un communiqué que l'éditeur avait demandé en 2018 à retrouver sa nationalité chinoise. Or, la Chine ne reconnaît pas de double nationalité; on ignorait dans l'immédiat s'il avait renoncé à son passeport suédois.

M. Gui "a reconnu sa culpabilité, accepté le verdict et ne fera pas appel", selon le communiqué.

Gui Minhai travaillait à Hong Kong pour la maison d'édition Mighty Current. Profitant des libertés publiques du territoire chinois semi-autonome, cette maison publiait des livres au ton sensationnaliste sur la vie privée des dirigeants chinois, interdits en Chine continentale.

Mais en 2015, comme quatre de ses confrères, M. Gui s'était volatilisé: il avait disparu lors de vacances en Thaïlande... avant de réapparaître dans un centre de détention chinois et "d'avouer" à la télévision d'Etat son implication dans un accident de la route en 2003.

- "Aveux" télévisés -

Les autorités chinoises avaient assuré l'avoir relâché en octobre 2017, mais selon sa fille, Angela Gui, il avait été placé en résidence surveillée à Ningbo (est).

M. Gui avait été de nouveau interpellé en janvier 2018 dans un train, alors qu'il se rendait à Pékin, accompagné de diplomates suédois, pour un rendez-vous médical. 

Après cette deuxième "disparition", Gui Minhai était de nouveau apparu à la télévision chinoise, accusant son pays d'adoption - la Suède - de l'avoir manipulé comme "un pion" et avouant "avoir enfreint la loi à son instigation".

Une version que mettent en doute ses proches, qui ont dénoncé sans relâche des poursuites à caractère politique.

Les organisations de défense des droits de l'Homme accusent régulièrement la Chine de forcer des détenus à livrer des "aveux" publics dans des vidéos soigneusement mises en scène.

Et ce dans un pays où la justice reste étroitement soumise aux décisions des autorités communistes.

- "Représailles" contre Stockholm -

Cette nouvelle condamnation pourrait raviver les tensions entre la Chine et la Suède, dont les relations ont été gravement perturbées par la détention de Gui Minhai.

Stockholm avait vivement dénoncé en février 2018 l'interpellation "brutale" de M. Gui dans le train où des diplomates suédois l'accompagnaient, la jugeant "contraire aux règles internationales fondamentales sur le soutien consulaire".

Et la Chine avait exprimé sa colère lorsque, en novembre dernier, la ministre suédoise de la Culture avait remis à M. Gui Minhai, en son absence, un prix de l'association de défense des écrivains PEN. 

L'ambassadeur de Chine avait menacé Stockholm de "mesures de rétorsion", tandis que Pékin annulait la venue en Suède de deux importantes délégations de patrons chinois.

L'affaire fait également des vagues au sein de la diplomatie suédoise: l'ex-ambassadrice de Suède à Pékin, Anna Lindstedt, est renvoyée devant un tribunal pour avoir tenté de négocier début 2019 avec de mystérieux intermédiaires, prétendument proches du pouvoir chinois, la libération de Gui Minhai sans en avertir son ministère.

Le verdict intervient alors que Yang Hengjun, un militant pro-démocratie d'origine chinoise et de nationalité australienne, est détenu au secret en Chine depuis janvier 2019.

Connu pour avoir publié des romans d'espionnages et des critiques du gouvernement chinois en ligne, le quinquagénaire est accusé d'espionnage. Canberra a dénoncé vigoureusement le traitement "inacceptable" de son ressortissant.

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