Algérie: nouvelle peine de prison ferme contre un journaliste

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Des journalistes algériens  réclament la libération de leur collègue Khaled Drareni (affiche), condamné au début du mois à trois ans de prison pour "incitation à un attroupement non armé" lors d'un rassemblement à Alger le 24 août 2020
Des journalistes algériens réclament la libération de leur collègue Khaled Drareni (affiche), condamné au début du mois à trois ans de prison pour "incitation à un attroupement non armé" lors d'un rassemblement à ...
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© AFP, RYAD KRAMDI

, publié le lundi 24 août 2020 à 19h19

Le journaliste algérien Abdelkrim Zeghileche a été condamné lundi à deux ans de prison ferme pour "atteinte à l'unité nationale" et "outrage au chef de l'Etat", dernier procès en date contre des militants prodémocratie en Algérie, a indiqué l'un de ses avocats à l'AFP.

Cette lourde peine survient dans un contexte de répression systématique contre des journalistes, des blogueurs et des militants du mouvement populaire antirégime "Hirak". 

"Quelques soient ses activités politiques, la condamnation à deux ans de prison ferme d'Abdelkrim Zeghileche confirme la dérive autoritaire du pouvoir algérien", a dénoncé l'ONG Reporters sans Frontières (RSF).

Il est notamment reproché à M. Zeghileche, détenu depuis le 24 juin, des publications sur Facebook appelant à la création d'un nouveau parti politique, selon son avocat, Me Djamel Aissiouane.

"Maintenant, tous les opposants algériens, dès qu'ils parlent, on leur colle +atteinte à l'unité nationale+ pour les incarcérer", a-t-il déploré.

M. Zeghileche "a été condamné à deux ans de prison ferme et à une amende de 100.000 dinars (660 euros)". Mais "le dossier est vide. Nous allons faire appel", a assuré M. Aissiouane.

Le procureur du tribunal de Constantine (nord-est) avait requis trois ans de prison ferme à l'encontre de M. Zeghileche, directeur de Radio-Sarbacane, une radio indépendante en ligne.

Le journaliste avait été relaxé le 4 mars dans le cadre d'un autre procès pour "incitation à attroupement non armé" après un appel à un sit-in contre le 5e mandat du président déchu Abdelaziz Bouteflika début 2019. 

"Sale temps pour les journalistes. Une lourde peine qui s'ajoute à celle de Khaled Drareni et qui allonge tristement la liste des journalistes emprisonnés", a réagi le vice-président de la Ligue algérienne des droits de l'Homme (LADDH), Saïd Salhi.

- "Libérez le journalisme" -

Le 10 août, le journaliste indépendant Khaled Drareni a été condamné à trois ans de prison ferme pour "incitation à attroupement non armé" et "atteinte à l'unité nationale". 

Une campagne internationale de solidarité a été lancée par des défenseurs des droits de la presse et de la protection des journalistes. Des manifestations en faveur de sa libération ont aussi été organisées à Paris, New York et Genève. 

Lundi, quelque 150 personnes -en majorité des journalistes- se sont mobilisées à la mi-journée devant la Maison de la Presse à Alger, encadrées par un important dispositif policier, pour exiger la libération de M. Drareni, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Khaled Drareni est un journaliste libre! Libérez le journalisme, libérez la justice!", ont scandé les manifestants.

"La place de Khaled Drareni n'est pas en prison, sa place est dans la rédaction de son site", a déclaré à l'AFP Omar Belhouchet, ancien directeur du quotidien francophone El Watan.

Un jeune blogueur partisan du "Hirak", Walid Kechida, est lui en détention provisoire pour avoir publié des mèmes se moquant des autorités et de la religion. Il a vu sa demande de libération rejetée lundi, selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) et sa détention a été prolongée de quatre mois.

Ces derniers mois, des journalistes ont été accusés par le régime de semer la discorde, de menacer l'intérêt national et surtout d'être à la solde de "parties étrangères". Plusieurs sont en prison, comme Belkacem Djir, et des procès sont en cours.

"Malgré le large élan de solidarité nationale et internationale qui s'exprime ces jours-ci en faveur des journalistes emprisonnés et lourdement condamnés, le verdict d'aujourd'hui sonne comme (une) menace contre la presse libre et les journalistes indépendants ou toute voix discordante", a dénoncé M. Salhi, de la LADDH.

L'Algérie figure à la 146e place (sur 180) du classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par RSF, dégringolant de 27 places par rapport à 2015.

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