A vélo, 80 ans après la Shoah, il revit l'échappée d'Allemagne

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L'Israélien Paul Alexander démarre son voyage mémorial de la gare de Friedrichstrasse à Berlin, direction Londres, le 17 juin 2018, pour commémorer celui qu'il avait fait bébé pour être sauvé des nazis
L'Israélien Paul Alexander démarre son voyage mémorial de la gare de Friedrichstrasse à Berlin, direction Londres, le 17 juin 2018, pour commémorer celui qu'il avait fait bébé pour être sauvé des nazis
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© AFP, Tobias SCHWARZ

AFP, publié le dimanche 17 juin 2018 à 11h57

Paul Alexander avait 19 mois quand sa mère le confia à une infirmière bénévole qui allait l'emmener en train loin de l'Allemagne nazie et ainsi sauver sa vie d'enfant juif.

A 81 ans, il a enfourché dimanche un vélo depuis Berlin pour se lancer dans un voyage mémorial: reprendre cette route qu'a empruntée en 1939 son "Kindertransport", ces convois organisés par des bénévoles permettant à des milliers d'enfants juifs d'être mis en sûreté au Royaume-Uni.

"Ce voyage me donne un sentiment de victoire car c'est sur cette route que ma mère m'a envoyé à l'âge d'un an et demi pour fuir l'Allemagne nazie et me réfugier en Angleterre", a-t-il confié dimanche à l'AFP. "Je célèbre ma vie", ajoute-t-il.

Paul n'a pas hésité lorsqu'il a entendu parler de ce projet de voyage commémoratif.

- Avec fils et petit-fils -

Cette fois-ci Paul Alexander ne sera pas seul dans cette épreuve. Il sera accompagné d'un de ses fils de 34 ans et de son petit-fils de 15 ans.

"C'est très important à mes yeux moi de refaire ce voyage avec deux générations après moi, c'est un moment très excitant et émouvant", dit-il.

Pour ce périple de six jours, 39 autres cyclistes ont pris le départ depuis la gare de Friedrichstrasse à Berlin, direction la Liverpool Street à Londres, via les Pays-Bas et une traversée de nuit en ferry.

Parmi les participants se trouvent des descendants de ces rescapés et d'autres qui ont simplement voulu soutenir l'action caritative, mise sur pied par l'organisation juive britannique World Jewish Relief (Secours juif mondial) pour récolter des fonds.

A l'époque du nazisme, c'est cette même association qui a eu l'idée, puis organisé la logistique des "Kindertransport", une vaste opération de sauvetage mise en place à la veille et au tout début de la Seconde guerre mondiale. 

"Nous avons voulu organiser cette course pour rendre hommage au travail incroyable de nos prédécesseurs qui ont sauvé tant de vies", explique Rafi Cooper, porte-parole du World Jewish Relief, un organisme toujours actif, notamment auprès des réfugiés syriens en Europe. 

"Sans l'héroïsme dont ils ont fait preuve à l'époque, des dizaines de milliers de personnes ne seraient pas en vie aujourd'hui", témoigne le porte-parole. 

Après le pogrom du 9 novembre 1938, la Nuit de Cristal, des responsables religieux protestants, juifs et quakers parviennent à convaincre le Premier ministre britannique, Neville Chamberlain, d'accueillir des enfants non accompagnés ou orphelins. 

Le premier convoi arrive le 2 décembre 1938 dans le port de Harwich, au Royaume-Uni, avec à son bord 196 enfants sauvés d'un orphelinat juif de Berlin qui avait été incendié pendant la Nuit de Cristal. 

En 18 mois, 10.000 enfants venus d'Allemagne, d'Autriche puis de Tchécoslovaquie et de Pologne sont exfiltrés.

- 'Incroyable' -

Les plus petits étaient placés dans des familles d'accueil. Les adolescents de plus de 16 ans recevaient une aide pour trouver une formation ou un travail. 

Le dernier convoi quitta le port néerlandais de Ymuiden, à bord du bateau "Bodegraven", un jour avant la reddition des Pays-Bas.

Les parents ont laissé partir leurs enfants avec des étrangers, sans savoir s'ils les reverraient un jour. La mère d'Alexander, qui avait fait deux fausses couches avant de réussir à avoir son fils, a vécu ce choix comme une torture. 

Le fils de Paul Alexander, Nadav, n'en revient pas aujourd'hui. "J'ai aujourd'hui un fils de l'âge qu'avait mon père il y a 79 ans lorsque sa mère l'a mis dans un train. J'ai du mal à imaginer que quelqu'un puisse laisser partir son bébé sans savoir s'il le reverra, c'est incroyable", témoigne-t-il.

Ce que la mère ne savait pas à l'époque, c'est qu'ils allaient bientôt être tous réunis pour le meilleur.

Son père réussit à le rejoindre en Grande-Bretagne treize jours plus tard, sa mère arrive le 1er septembre 1939, le jour où les Nazis envahissent la Pologne et déclarent la guerre. La famille Alexander échappe à l'Holocauste et au sort réservé à six millions des leurs. 

Paul Alexander est devenu avocat et s'est marié à une Israélienne habitant à Londres. Il a aujourd'hui trois enfants et neuf petits-enfants et s'est installé en Israël. 

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