"Un bloc de béton sur la poitrine": les deux rescapés de Soyouz racontent leur atterrissage d'urgence

"Un bloc de béton sur la poitrine": les deux rescapés de Soyouz racontent leur atterrissage d'urgence
Photo fournie le 11 octobre 2018 par l'agence spatiale russe Roskosmos montrant l'astronaute américain Nick Hague et le cosmonaute russe Alexeï Ovtchinine accueillis par leurs familles et des responsables à Baïkonour au Kazakhstan
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AFP, publié le mardi 16 octobre 2018 à 19h58

Le cosmonaute russe Alexeï Ovtchinine a comparé mardi la pression ressentie lors de la procédure d'éjection d'urgence de son vaisseau Soyouz la semaine dernière à "un bloc de béton sur la poitrine". L'astronaute américain Nick Hague, lui, se souvient des violentes secousses.

Les deux hommes de la mission 57 étaient censés se trouver en ce moment à 400 km en orbite au-dessus de la Terre, à bord de la Station spatiale internationale (ISS). Un problème environ deux minutes après le décollage a déclenché l'éjection automatique de la tour de sauvetage de la fusée, dans laquelle se trouvait la capsule avec les deux hommes.

Ils ont chacun raconté leur expérience mardi, l'un depuis la Russie, l'autre depuis Houston aux Etats-Unis.

Interviewé par la télévision publique Rossiya 24, Alexeï Ovtchinine a expliqué que "la pression ressentie durant la descente va de la poitrine au dos, donc imaginez que quelqu'un pose sur votre poitrine un gros bloc de béton qui fait sept fois votre poids".

Le cosmonaute de 47 ans, dont c'était le deuxième voyage dans l'espace, a toutefois noté que la pression n'était "pas si intense, un peu moins de 7-g", soit moins que les pressions auxquelles sont confrontés les spationautes durant leur entraînement.

Mais c'était plus que les 5-g des redescentes normales de Soyouz, a dit Nick Hague, 43 ans, et dont c'était la première mission.

"Je me sens bien, comme mon collègue américain Nick Hague", a ajouté Alexeï Ovtchinine selon qui "les docteurs ont conclu que notre santé est bonne, et même excellente".

"La première chose que j'ai ressentie est d'être violemment secoué d'un côté à l'autre", a expliqué de son côté Nick Hague, dans un questions-réponses avec des médias retransmis sur internet par la Nasa. Ces secousses étaient dues au fait que leur capsule s'éloignait, grâce à ses propres moteurs, le plus vite possible de la fusée, avant l'ouverture des parachutes.

Les deux coéquipiers ont en même temps vu les signaux d'alarme allumés. "Tout ce que vous avez appris à l'entraînement prend alors la main", a raconté l'Américain.

Mais "pour l'essentiel, le système automatique de sauvetage a tout fait, nous l'avons seulement suivi", a précisé le Russe.

La Russie a créé une commission d'enquête afin de déterminer les raisons de cet échec, qui pourrait avoir des conséquences sur le planning de l'ISS.

Bien sûr, il y a la déception de ne pas être dans l'espace. Nick Hague a rappelé qu'il s'était entraîné deux ans pour cette mission. D'autres astronautes s'entraînent depuis des années pour les prochaines missions.

"Je suis prêt à voler dès que la Nasa le voudra", a dit l'astronaute, y compris à bord d'une Soyouz, qui est pour l'instant le seul véhicule capable d'emmener des humains dans l'espace.

L'échec de jeudi "n'a fait que renforcer ma confiance dans la solidité de ce système", a dit Nick Hague. Le système d'urgence "n'avait pas été activé en 35 ans, mais nous l'avons activé la semaine dernière, et il marche. Cela témoigne de l'engagement, de la persévérance et de l'attention aux détails" des équipes Soyouz, a-t-il dit.

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