Recherche spatiale : en 1968, la France dans la course aux étoiles à Kourou

Recherche spatiale : en 1968, la France dans la course aux étoiles à Kourou

En Guyane, le prochain vol d'Ariane est prévu ce jeudi, soit cinquante ans après que la première fusée se soit s'élancée du pas de tir de Kourou.

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Le Parisien, publié le dimanche 01 avril 2018 à 08h58

Le prochain vol d'Ariane en Guyane est prévu ce jeudi, cinquante ans presque jour pour jour après le tir de la première fusée à s'élancer du pas de tir de Kourou.

Ce mardi 9 avril 1968, dans l'après-midi, la petite vedette blanche du Centre national d'études spatiales (Cnes) rentre de sa virée en mer. La chaleur est étouffante. A bord, des hommes en short, torse nu, examinent la pointe d'acier repêchée au large. L'équipage vient de récupérer la coiffe de Véronique, la première fusée jamais tirée depuis la nouvelle base de Kourou.

Alors que la révolte de mai se profile en métropole, une autre révolution commence ce jour-là à 8 000 km de Paris. Par la magie d'un tir réussi, la Guyane, ce bout de France en Amérique du Sud, devient le point de départ de l'épopée spatiale tricolore. Les Russes ont Baïkonour, les Américains Cap Canaveral, les Français ont désormais Kourou.

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Pourtant, depuis la fermeture après-guerre des bagnes de Cayenne et de l'île du Diable, la Guyane est un territoire oublié de la République. Jusqu'à ce meeting du 21 mars 1964 à Cayenne, où le général de Gaulle promet à la foule : «Nous avons une grande oeuvre à faire en Guyane.»

Construire en terres marécageusesLes choses ne traînent pas. Un mois plus tard, Paris annonce la construction du centre spatial de Kourou. Entre le Spoutnik russe et le programme Apollo lancé par Kennedy, «de Gaulle voulait faire de la France la troisième puissance spatiale», rappelle Didier Faivre, le directeur du centre spatial guyanais. Problème : la France a été priée en 1962 par l'Algérie indépendante d'évacuer en 1967 au plus tard les champs de tirs établis dans le sud du Sahara.

Plusieurs solutions sont envisagées pour accueillir le futur site français de lancement de satellites : les Marquises en Polynésie, La Désirade et Marie-Galante aux Antilles, Djibouti en Somalie, Port- Etienne en Mauritanie, Ceylan, Belem au Brésil, Darwin en Australie... Kourou, finalement retenu en avril 1964, «était l'endroit idéal, explique Didier Faivre. C'est un territoire français, au bord de la mer, protégé des ouragans et surtout proche de l'équateur, ce qui est essentiel pour le lancement d'objets dans l'espace». Sur le papier, Kourou a tout pour rivaliser avec son voisin de Floride, Cap Canareval. Reste un détail : bâtir un centre spatial sur des terres marécageuses coincées entre une côte rocheuse inhospitalière et la jungle amazonienne ! Pour relever le défi, le Cnes recrute Guy Kramer, un ingénieur des Ponts et Chaussées de 40 ans d'origine égyptienne. Un homme à poigne qui a roulé sa bosse en Syrie, en Australie et au Pakistan.

1 500 ouvriers et des bagarres sur le chantierA Kourou, modeste bourgade de 3 000 âmes à 60 km au nord de Cayenne, les travaux démarrent en 1966. «J'arrive en novembre, raconte Kramer, avec pour consignes d'éviter toute grève et, chose curieuse, de faire battre le député socialiste du coin aux législatives de 1967.» Précaution inutile, car la population de cette zone délaissée voit d'un très bon oeil sortir de terre un port, une centrale électrique, des commerces, un hôpital et, dès 1968, un lycée. Mais, sur le chantier, l'atmosphère est lourde. Parmi les 1 500 ouvriers venus des pays voisins qui vivent sur place, les bagarres sont monnaie courante. «Un soir, un Saramaca (NDLR : un  descendant des esclaves noirs qui  ont trouvé refuge en Guyane) a tué un Colombien. Le préfet nous a envoyé en urgence un peloton de gendarmerie pour rétablir l'ordre. On a fouillé les dortoirs et confisqué toutes les armes.»

1968, le décollage de Kourou

Au printemps 1968, le centre de lancement est fin prêt. Le 9 avril, les moteurs remplis à ras bord d'acide nitrique propulsent la fusée-sonde Véronique, aux faux airs de V2, à 113 km d'altitude. Deux ans avant le lanceur Diamant et dix ans avant l'arrivée d'Ariane, les débuts du pas de tir guyanais sont modestes. Mais fêtés dignement. Les techniciens du Cnes qui sablent le champagne ce soir-là à Kourou ignorent que quatorze mois plus tard Neil Armstrong sera le premier homme à marcher sur la Lune.

9 avril 1968 : 1er lancement d'un engin spatial depuis la base de Kourou en Guyane : il s'agit de la fusee sonde VeroniqueAGI-V37(PHOTO/CNES)De Gaulle et les ingénieurs... nazisVéronique, la première fusée à décoller en 1968 de Kourou (Guyane), a été conçue par des ingénieurs allemands ! Un épisode longtemps tenu secret. Dès 1945, les Américains avaient mis la main sur Wernher von Braun, l'ingénieur en chef d'Hitler. Quelques mois plus tard, le général de Gaulle ordonne de retrouver et de ramener en France des dizaines de scientifiques ayant travaillé sur les fameuses fusées V2, l'arme favorite du Führer, qui ont fait les heures sombres de Londres. Expédiés en 1947 dans un centre de recherches construit sur les hauteurs de Vernon (Eure), ces cerveaux du III e Reich, ex-nazis patentés pour certains, vont travailler en toute discrétion à la mise au point de la fusée Véronique - contraction de Vernon et électronique - inspirée des V2. Et l'un de ces ingénieurs, Karl-Heinz Bringer, concevra à Vernon le moteur Viking, qui équipe en 1979 la première fusée Ariane.

 

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