Pour l'"anarchiste" derrière l'arme imprimée en 3D, c'est un droit fondamental

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Cody Wilson, patron de la société Defense Distributed, le 1er août 2018 à Austin (Texas)
Cody Wilson, patron de la société Defense Distributed, le 1er août 2018 à Austin (Texas)
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© AFP, Kelly WEST

AFP, publié le jeudi 02 août 2018 à 16h20

Le Texan Cody Wilson, qui se décrit comme un "crypto-anarchiste", se réjouit d'être parvenu à publier sur internet le logiciel de fabrication d'armes à feu en plastique avec une imprimante 3D, semant ce faisant le trouble aux Etats-Unis.

Un tribunal fédéral lui a ordonné mardi par injonction d'arrêter, après les poursuites lancées par huit Etats et la capitale Washington arguant du fait que n'importe qui pourrait fabriquer ces armes intraçables et indétectables.

Il n'était pas parvenu après cinq ans de procédures judiciaires à pouvoir distribuer ces informations, mais il avait réussi à obtenir un feu vert en passant un accord fin juin avec l'administration Trump.

Il s'est exécuté après la décision de mardi en fermant son site internet, mais le mode d'emploi avait déjà été téléchargé plusieurs milliers de fois.

"Cette tentative par ces autorités d'aller en justice et de supprimer cette information a attiré davantage de personnes vers le site pour la télécharger et la diffuser davantage sur internet", a déclaré à l'AFP M. Wilson, dans le modeste siège de son entreprise à Austin.

"Peu importe l'ampleur de ma victoire ou de ma défaite, vous pouvez télécharger une arme sur internet. Bien sûr, on pouvait faire ça avant moi mais il y aura encore plus de personnes qui vous permettront de le faire après moi, parce que je l'ai fait de cette façon", a ajouté le jeune homme de 30 ans.

Selon lui, l'intense attention médiatique générée ces derniers jours sur le sujet a servi l'un de ses principaux objectifs: utiliser la technologie et diffuser l'information sur la fabrication des armes comme un rempart durable contre toute tentative future de réglementer les armes à feu aux Etats-Unis.

- Elément de souveraineté -

"Nous pensons que l'arme à feu elle-même, cet instrument de la violence, est un élément essentiel de la force, de la souveraineté", a-t-il affirmé, admettant que ses actions passées et futures "dérangent la conscience" de certains.

Mais "il n'a jamais été illégal dans ce pays de faire une arme à feu --et la façon dont vous la faites ne devrait pas affecter cette législation", a-t-il estimé.

Celui qui a abandonné ses études de droit apparaît bien déterminé dans ses convictions: il défend un credo anarchiste selon lequel l'échange libre d'idées sur internet permet de surveiller le gouvernement.

"C'est une position qui a prévu WikiLeaks, prévu le Bitcoin, prévu les courriers anonymes et prévu les communications anonymes sur internet", a-t-il relevé, estimant que sa cause était un simple problème de liberté d'expression, qui est protégée par le premier amendement de la Constitution américaine.

Defense Distributed, entreprise qu'il a cofondée en 2013 et qu'il dirige, fait davantage que publier des modes d'emploi. Elle vend de vrais produits liés aux armes, notamment une machine baptisée "Ghost Gunner" ("Artilleur fantôme") vendue 2.000 dollars.

Cette machine sculpte des pièces détachées en métal permettant de fabriquer différentes armes à feu sans numéro de série. De telles armes --appelées "armes fantômes"-- étaient déjà confectionnées par des personnes sachant travailler le métal, mais le "Ghost Gunner" donne désormais cette capacité à tout un chacun.

- Impact mondial -

La problématique est bien réelle: la police de Los Angeles a présenté en juillet un stock d'armes "fantômes" récupérées chez des membres de gangs. Or il est impossible aux forces de l'ordre de déterminer si elles ont servi à commettre des crimes.

C'est la raison pour laquelle des parlementaires, des représentants des forces de l'ordre, des partisans d'un renforcement de la réglementation sur les armes et le président Donald Trump lui-même se sont vivement inquiétés de la distribution du logiciel cette semaine.

En particulier des explications pour fabriquer le "Liberator", arme en plastique conçue par Defense Distributed pour être fabriquée avec une imprimante 3D et qui est indétectable par les portiques de sécurité.

L'impact de cette mise en ligne est mondiale puisque n'importe qui, à l'exception des pays où internet est censuré, a pu y accéder.

"Il saute immédiatement aux yeux de quiconque examine le problème que l'impression d'armes en 3D n'est rien d'autre qu'une menace pour la société", a relevé Avery Gardiner, co-présidente de l'organisation Brady Campaign to Prevent Gun Violence, assurant que le combat contre cette publication allait se poursuivre.

Cody Wilson entend bien continuer aussi. Il a lancé un appel aux dons pour couvrir ses frais de justice même s'il admet que la bataille est sans doute perdue d'avance.

"Je pense que le devoir m'impose de continuer à me battre", a-t-il confié. Mais "je pense que je vais gaspiller beaucoup d'argent". 

Une audience est prévue la semaine prochaine devant le juge à l'origine de l'injonction.

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