Les autorités sonnent l'alarme face à la profusion de cybermenaces

Les autorités sonnent l'alarme face à la profusion de cybermenaces
Un rapport du ministère de l'Intérieur, consulté par l'AFP mercredi, alerte sur une cybermenace "de plus en plus prégnante et protéiforme"

AFP, publié le mercredi 20 juin 2018 à 17h37

Du simple particulier aux grandes entreprises, des vols de données aux "rançongiciels" circulant sur le darknet en passant par la propagande jihadiste sur le net: un rapport du ministère de l'Intérieur met en garde contre une cybermenace de "plus en plus prégnante et protéiforme".

Pour la deuxième année, la délégation ministérielle aux industries de sécurité et à la lutte contre les cybermenaces (DMISC) publie un "état de la menace liée au numérique" remis il y a quelques semaines au ministre de l'Intérieur: "un phénomène qui touche aujourd'hui le monde économique et tout un chacun dans la vie quotidienne", résume le document. 

"2017 restera une année charnière dans l'appréhension par le public du risque cyber, avec deux grandes attaques Wannacry et NotPetya mais aussi les ingérences dans les campagnes électorales", dit à l'AFP Thierry Delville, le patron de la DMISC.

La montée en puissance du phénomène s'illustre notamment par une hausse de 32% entre 2016 et 2017 des faits portés à la connaissance de la gendarmerie dans le domaine de la cybercriminalité, soit plus de 63.500 cas.

Le rapport souligne également que près de 80% des entreprises ont constaté avoir été victimes au moins une fois d'une cyberattaque en 2017, avec des conséquences pécuniaires potentiellement importantes. "Le coût estimé d'une violation de sécurité est en moyenne de plusieurs centaines de milliers euros pour une entreprise de taille moyenne", expose la DMISC.

Selon le rapport, la France est "particulièrement touchée par le vol des données personnelles, qui reste l'objectif principal des intrusions dans les systèmes de traitement automatisé de données".

En 2017, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 320.000 victimes d'escroqueries et infractions assimilées, chiffre en augmentation de 5,6% en moyenne par an depuis 2012, conséquence de la hausse de deux catégories d'infractions: les falsifications et usages de cartes de crédit (+57% en 5 ans) avec des techniques de skimming (piratage de la CB) de plus en plus sophistiquées, et les escroqueries et abus de confiance (+34 % en 5 ans).

Malgré un "net recul" des faux ordres de virement internationaux, d'autres types d'escroquerie sont en "recrudescence" comme les sites frauduleux proposant des placements indexés sur le cours du diamant ou celles dites au faux support technique.

- Enjeu "crucial" -

Le rapport s'inquiète aussi de la "la diversification de l'origine des images et vidéos à caractère pédopornographique qui mettent en scène des victimes de plus en plus jeunes" et le développement du live-streaming. 

Point positif: la DMISC note que les contenus de provocation et d'apologie au terrorisme signalés sur une plateforme dédiée, PHAROS, ont connu une baisse significative pour la deuxième année consécutive sur fond de déroute de l'EI en zone irako-syrienne: 6.300 (4% du total) en 2017, contre 11.400 signalements en 2016 et 31 300 en 2015.

A l'inverse, le nombre de demandes de retraits de contenus faisant l'apologie du terrorisme a augmenté de 1.000%, passant de 2.774 en 2016 à 30.634 en 2017.

Signe d'un enjeu devenu "crucial" pour les autorités, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb promet que ce document servira de base à des propositions qui lui seront remises dès l'été afin de "mieux prévenir les cybermenaces, gérer les cybercrises et lutter contre la cybercriminalité".

"Elles viendront nourrir une feuille de route pluriannuelle qui devra se donner pour objectif de faire de la France une des nations les plus en pointe en matière de lutte contre les cybermenaces", écrit le ministre en préambule du rapport. Il avait annoncé en janvier le recrutement de 800 agents dédiés à la cyber sécurité dans les services.

Le rapport permet de mesurer les défis auxquels l'Etat, les entreprises et les particuliers sont confrontés même si les données statistiques "ne permettent pas encore d'appréhender finement l'ensemble des faits de cybercriminalité", souligne M. Delville. 

Celui-ci relève en outre que "de très nombreux faits ne sont pas signalés auprès des services de sécurité intérieure".  

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