La Russie voudrait débrancher l'appli de messagerie Telegram

La Russie voudrait débrancher l'appli de messagerie Telegram

Illustration. La messagerie privée Telegram est menacée de blocage dans son pays d'origine.

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leparisien.fr, publié le lundi 09 avril 2018 à 15h33

Pour avoir refusé de donner ses clés de chiffrement, l'application aux 200 millions d'utilisateurs est menacée de blocage par la justice et les services secrets russes.

La recette de son succès causera peut-être sa perte. Réputé pour son système de chiffrement (cryptage) complexe, Telegram se pose depuis 2013 en champion de la confidentialité et des échanges sécurisés.

Les autorités russes ont demandé vendredi à la justice de bloquer la messagerie qui refuse de fournir aux services spéciaux (FSB) les clés permettant de lire les messages des utilisateurs.

Ces clés reposent sur le principe du chiffrement point par point, (« end to end » en anglais). La clé pour déchiffrer les textes qui arrivent n'est partagée qu'entre les deux interlocuteurs qui communiquent sans passer par un serveur où elle serait stockée et donc piratable.

Une interdiction serait un coup dur mais pas fatalDans un communiqué, l'agence de régulation Roskomnadzor a indiqué avoir lancé une procédure auprès d'un tribunal de Moscou pour demander de « limiter l'accès » à Telegram, messagerie fondée par le russe Pavel Dourov, opposant de Vladimir Poutine et exilé à Dubaï.

Le concurrent de WhatsApp, Viber ou WeChat serait alors privé de la majorité de ses utilisateurs pour la plupart russophones. Comme ses serveurs sont disséminés dans le monde, les autres utilisateurs ne seraient eux pas affectés par ce blocage.

« Les menaces de bloquer Telegram s'il ne fournit pas les données personnelles de ses utilisateurs n'auront pas de résultats. Telegram défendra la liberté et la confidentialité », a réagi sur Twitter Pavel Dourov.

L'avocat de la messagerie, Pavel Tchikov, avait de son côté expliqué sur son compte Telegram que les exigences des autorités étaient « inapplicables » du point de vue technique en raison justement du système très complexe de cryptage, selon lequel la messagerie n'a elle-même pas accès à certaines communications.

Mi-octobre, la justice russe avait déjà condamné Telegram à une amende de 800 000 roubles (18 000 euros) pour avoir refusé de coopérer avec le FSB, le successeur du KGB.

Si l'application se révèle utile pour les militants politiques dans des régimes liberticides, elle s'est aussi retrouvée dans la lumière à cause de son utilisation par les réseaux terroristes notamment Daech dont les membres sont très friands des chaînes de communication privée.

Plusieurs services de renseignements auraient reconnu du bout des lèvres avoir réussi à casser le chiffrage de l'application mais sur des cas très précis. Ce qui reste encore à prouver.

« Les chaînes de Telegram agacent les autorités » Boris Sharov, patron de l'entreprise russe d'antivirus Doctor Web, comprend la réaction des services russes «qui veulent savoir s'il y a des portes dérobées (backdoor) » pour accèder au contenu de la messagerie. L'application est populaire en Russie selon lui et «les chaînes d'informations protégées ou secrètes agacent les autorités mais ce n'est pas limité à la Russie ».

«Le conflit judiciaire peut durer pendant plusieurs mois avec des condamnations et des appels », prédit le dirigeant de cette entreprise qui a développé un outil de scan de fichier directement intégré à Telegram.

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