La grève reconduite à Europe 1, les "synergies" avec CNews précisées

La grève reconduite à Europe 1, les "synergies" avec CNews précisées
L'entrée de l'immeuble abritant différents médias, dont Europe 1, le 29 novembre 2018 à Paris
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publié le lundi 21 juin 2021 à 18h02

Inquiets de voir leur radio devenir un "média d'opinion", les salariés d'Europe 1 en grève depuis la fin de semaine dernière ont découvert lundi la teneur des "synergies" envisagées avec CNews, officialisées dans la presse par leur patron Arnaud Lagardère, juste après la reconduction de leur mouvement.

Réunis en assemblée générale dans la matinée, près d'une centaine de salariés ont voté la poursuite jusqu'à mardi soir minuit, du mouvement enclenché pour contester la mise à pied d'un collègue, sur fond de malaise grandissant.

Dans la foulée, Arnaud Lagardère, dirigeant du groupe éponyme, qui détient la radio, levait le voile sur la grille de rentrée et ses rapprochements avec la chaîne d'information du groupe Canal+, filiale de Vivendi, contrôlé par le milliardaire Vincent Bolloré.

Issue de CNews, Laurence Ferrari s'installera ainsi fin août dans les studios d'Europe 1 pour animer, de 17h à 18h, son émission pour la chaîne télévisée, avant une tranche d'information commune à CNews et Europe 1 jusqu'à 19H, suivie d'une heure de radio uniquement.

Plusieurs récentes informations de presse ont en outre été confirmées, dont l'arrivée à la matinale de Dimitri Pavlenko, journaliste de Radio Classique et intervenant régulier de "Face à l'info" aux côtés d'Eric Zemmour sur CNews, à la place de Matthieu Belliard. 

- "Complotisme" -

Mais aussi la reprise du Grand rendez-vous politique du dimanche d'Europe 1, en partenariat avec CNews et Les Echos, par Sonia Mabrouk, déjà aux manettes de l'interview politique matinale. 

Cette figure de CNews remplacera ainsi Michaël Darmon, également démis de ses fonctions de chef du service politique au profit de son adjoint Louis de Raguenel, transfuge de Valeurs actuelles et dont le recrutement avait provoqué un tollé en interne à la rentrée 2020.

"Cette grille a été élaborée par (la présidente de Lagardère News) Constance Benqué et moi", a assuré Arnaud Lagardère au Figaro, et "marque des synergies voulues avec le groupe Canal+ à la fois dans l'information mais aussi dans la musique, le sport et le cinéma". 

Aucune n'est "imposée par Vincent Bolloré", a-t-il insisté, alors que les salariés d'Europe 1 redoutent depuis des mois la mainmise du milliardaire, premier actionnaire de Lagardère, sur leur radio. En cause, la ligne éditoriale jugée très à droite de CNews, mais aussi les méthodes de management en vigueur à Canal+, où des journalistes en désaccord avec la direction ont été poussés vers la sortie.

"Dire qu'Europe 1 passe sous la coupe de Vivendi, c'est un fantasme qui frôle le complotisme", a insisté celui qui s'apprête à perdre le contrôle absolu du groupe hérité de son père.

- "Bras d'honneur" -

Mais pour la rédaction, en quête de réponses de la direction depuis des jours, cette sortie médiatique s'apparente à "un bras d'honneur" , s'est indigné auprès de l'AFP un journaliste gréviste qui a souhaité rester anonyme. 

Dans ce contexte, les grévistes réclament une rencontre avec Constance Benqué "le plus vite possible" pour débattre avec elle de la clause de conscience, qui permet aux journalistes de quitter un média avec des indemnités en cas de changement de ligne éditoriale.

Malgré une floppée de soutiens et une mobilisation massive, avec "70% de grévistes chez les titulaires (journalistes, techniciens, programmateurs...)", selon la même source, la grève reste peu perceptible à l'antenne. 

Il a même fallu attendre la chronique de l'humoriste Nicolas Canteloup, peu avant 9 heures, pour qu'elle y soit évoquée. Preuve, selon la Société des rédacteurs (SDR) d'Europe 1, du "mépris affiché pour les auditeurs et les salariés engagés".

"Une radio qui a une petite panne d'auditeurs, c'est déjà pas formidable, mais une radio sans trop de journalistes, ça peut pas trop fonctionner", a taclé Canteloup en imitant Matthieu Belliard, gréviste.

"Mais le pire ce serait une radio sans humour (...). On peut parfaitement se moquer d'Eric Zemmour sur cette antenne", a-t-il poursuivi, évoquant la démission de sa consoeur Christine Berrou d'Europe 1, après la censure d'une chronique évoquant le polémiste vedette de CNews.

Une nouvelle assemblée générale est prévue mardi à 10H pour aborder la suite du mouvement.

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