Hervé Gattegno évincé de la tête de Paris-Match et du JDD

Hervé Gattegno évincé de la tête de Paris-Match et du JDD
Hervé Gattegno, le 3 novembre 2015 à Paris

publié le mardi 19 octobre 2021 à 19h29

Hervé Gattegno a été écarté de la direction de Paris-Match et du JDD à six mois de l'élection présidentielle: le groupe Lagardère, propriétaire de ces deux titres de presse emblématiques, est resté muet sur les raisons de ce départ, annoncé mardi.

Au service du groupe depuis cinq ans, M. Gattegno, 57 ans, est remercié pour son engagement "sans faille (...), son professionnalisme et son énergie" par Arnaud Lagardère, PDG de Lagardère, et Constance Benqué, présidente de Lagardère News, dans un communiqué.

"La nouvelle direction des rédactions sera annoncée dans les prochains jours", écrit le groupe.

Cette éviction interroge au sein des journalistes de Paris-Match (502.040 exemplaires hebdomadaires diffusés en 2020-21) et du JDD (149.203 exemplaires). "Ce n'est pas le meilleur jour de ma vie", a reconnu Hervé Gattegno, visiblement ému, lors d'une conférence devant la rédaction de Paris-Match mardi après-midi, selon une source sur place. Questionné, il n'a donné aucune raison à son départ.

Dans un communiqué publié dans la soirée, la rédaction du JDD a exprimé "sa vive préoccupation" après l'annonce de ce départ, effectif vendredi. "Dans un contexte de reprise en main brutale d'Europe 1 et de son rapprochement avec CNews, nous resterons vigilants quant à la nomination du nouveau directeur ou de la nouvelle directrice du Journal du Dimanche, et à d'éventuelles répercussions sur la ligne éditoriale", écrit-elle.

Pour des interlocuteurs des deux journaux, interrogés par l'AFP et qui ont tous demandé l'anonymat, la première raison de l'éviction d'Hervé Gattegno, "c'est Zemmour" et la manière dont les deux rédactions ont traité l'actualité du polémiste d'extrême droite, vedette jusqu'il y a peu de la chaîne d'information en continu CNews (qui appartient à Vivendi, contrôlé par le milliardaire breton Vincent Bolloré). 

Devant les journalistes de Paris-Match, le directeur de la rédaction a nié que cela soit la cause de son départ.

L'hebdomadaire a publié fin septembre en Une une photo d'Eric Zemmour - qui est marié - enlaçant sa collaboratrice Sarah Knafo lors d'une baignade en mer. Quelques jours auparavant, M. Gattegno signait un éditorial dans le JDD, au titre sans équivoque: "Eric Zemmour se pose davantage en prophète du malheur qu'en chevalier du renouveau".

- "Profond malaise" -

Le positionnement du directeur des rédactions du JDD et de Paris-Match "contre l'extrême droite a toujours été clair, il n'avait pas l'intention de traiter ce courant comme les autres", déclare un journaliste à l'AFP.

Vivendi, contrôlé par Bolloré, est le premier actionnaire de Lagardère depuis 2020. En septembre, le groupe a annoncé vouloir lancer une OPA sur Lagardère pour prendre le total du capital.   

Depuis l'arrivée de Bolloré dans Lagardère, beaucoup craignent que son influence ne s'étende à toutes les rédactions du groupe. Ainsi, à Europe 1, une grande partie de la rédaction a quitté la radio ces dernières semaines.

Pour d'autres interlocuteurs interrogés par l'AFP, "Gattegno paie son traitement de l'affaire Takieddine".

En novembre 2020, Paris-Match a publié une interview de Ziad Takieddine dans laquelle il revenait sur ses accusations concernant l'argent qu'aurait reçu Nicolas Sarkozy du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. 

Dans la foulée, une enquête judiciaire avait été ouverte sur les conditions de préparation de cet entretien, aboutissant à la garde en vue du journaliste de Paris-Match François de Labarre et à la mise en examen de "Mimi" Marchand, la patronne de l'agence BestImage.

La société des journalistes (SDJ) de Paris-Match et des syndicats de journalistes ont évoqué dans un texte fin juin le "profond malaise" régnant au sein de la rédaction de l'hebdomadaire lié aux conséquences  judiciaires de l'affaire Takieddine sur leur collègue. Une affaire également dommageable pour "la crédibilité" de leur titre, selon eux. 

Les signataires se disaient ainsi "troublés par le parti pris de (leur) journal" en faveur de Nicolas Sarkozy. Un malaise d'autant plus grand que l'ancien président de la République est entré fin juin 2021 au conseil d'administration du groupe Lagardère.

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