Europe 1, une dégringolade de dix années et des remaniements incessants

Chargement en cours
Europe 1, fleuron du groupe Lagardère, voit  ses audiences dégringoler pour atteindre un nouveau plus bas en 2021
Europe 1, fleuron du groupe Lagardère, voit ses audiences dégringoler pour atteindre un nouveau plus bas en 2021
1/2
© AFP, Thomas SAMSON

publié le jeudi 13 janvier 2022 à 18h28

Troisième radio de France au début des années 2010, Europe 1, fleuron du groupe Lagardère, a vu depuis ses audiences dégringoler pour atteindre un nouveau plus bas en 2021, fragilisée par de nombreux remaniements dont le dernier en date lancé par le géant des médias Vivendi.

"C'est un truc de dingue", constate un concurrent au vu des chiffres d'Europe 1, dont l'audience cumulée a plongé à 4,2% en novembre-décembre 2021 -le plus bas jamais connu par la station-, avec 2,27 millions d'auditeurs.

Malgré ce nouveau repli, la direction a salué jeudi des résultats "très encourageants" sur ses cibles (notamment les classes socio-professionnelles supérieures et les 25-59 ans), qui "viennent conforter le projet de montée en gamme de la station mis en place depuis deux ans et renforcé en cette année présidentielle".

Retour douze ans en arrière. "Nous n'avons jamais rassemblé autant d'auditeurs depuis sept ans, à savoir 5,164 millions chaque jour", se félicitait en janvier 2010 Alexandre Bompard, alors PDG d'Europe 1, fier de la troisième place de sa radio. Celle-ci affichait 9,9% d'audience cumulée à fin 2009.

Les trois années suivantes, la station emblématique du groupe Lagardère arrivait à se maintenir, sur cette même période de novembre-décembre, aux alentours de 9%, avant d'entrer dans une spirale baissière qu'elle n'arrivera plus à endiguer.  

"Le début de cette chute s'explique par les changements de plus en plus nombreux" de la grille des programmes, d'après une journaliste, entrée chez Europe 1 au sommet de ses audiences et partie cet été.

Quand "il y avait des changements d'une saison à une autre, on trouvait déjà ça un peu brusque", d'autant qu'Arnaud Lagardère, alors principal actionnaire, affirmait à chaque saison que la radio était "un média d'habitude", se souvient-elle.

"Puis ces changements se sont accélérés: du changement d'animateur ou d'émission tout d'un coup, on est passé à la modification intégrale de la grille des programmes pour arriver à une hystérisation du changement".

- "Le modèle, c'est CNews" -

Depuis l'an dernier, Europe 1 vit une nouvelle crise profonde déclenchée par l'annonce au printemps d'un plan de départs visant à supprimer initialement une quarantaine de postes pour redresser les comptes. 

La pression est montée quand, à la mi-mai la direction a annoncé vouloir se rapprocher de la chaîne d'information droitière CNews, avec qui la radio partage désormais le même premier actionnaire, le géant des médias Vivendi, piloté par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré.

A suivi en juin une grève des salariés, motivée par la mise à pied d'un reporter et la crainte d'une transformation de la radio en "média d'opinion", puis d'une hémorragie de départs consentis ou forcés, notamment de figures emblématiques de la station comme Nicolas Canteloup, Julie Leclerc ou Anne Roumanoff.

Dans la logique des synergies déjà déployées au sein du groupe Canal+, perle médiatique de Vivendi, Europe 1 partage désormais avec CNews intervenants, journalistes et émission. Avec pour corollaire de nouveaux départs, dont ceux de plusieurs correspondants historiques à l'étranger (Allemagne, Espagne, Belgique) ou celui du rédacteur en chef économie et social.

"Le modèle, c'est CNews parce que ça ne coûte pas cher. On met en avant des intervenants dont on ne connaît pas la légitimité", affirme une ancienne pigiste, qui a vu fondre ses interventions. 

"Je ne sais si Europe 1 roule pour un candidat mais il est certain que la place de l'information, du reportage et du fait sans opinion a clairement diminué", soutient-elle, décrivant aussi "une ambiance très masculine d'entre-soi, conservatrice".

"Ces histoires de bonnes femmes, on n'en a rien à foutre" est par exemple une phrase prononcée en septembre lors d'une conférence de rédaction où était relevée l'absence de couverture de l'annonce de la prise en charge de la contraception pour les femmes de moins de 25 ans, rapporte un ancien journaliste.

Le recrutement fait également la part belle à des têtes d'affiche plus expérimentées, avec les arrivées de Jean-Pierre Elkabbach (84 ans), William Leymergie (74 ans), Didier Barbelivien (67 ans) ou Jacques Vendroux (73 ans), afin de capter de nouveaux auditeurs.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.