Etats-Unis: le piratage des élections est aussi une affaire de perception

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Les tentatives de piratage de l'élection présidentielle américaine du 3 novembre sont bien réelles, mais elles n'ont pas nécessairement besoin de réussir pour avoir un impact
Les tentatives de piratage de l'élection présidentielle américaine du 3 novembre sont bien réelles, mais elles n'ont pas nécessairement besoin de réussir pour avoir un impact
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© AFP

, publié le mardi 27 octobre 2020 à 18h51

Les tentatives de piratage de l'élection présidentielle américaine du 3 novembre sont bien réelles, mais elles n'ont pas nécessairement besoin de réussir pour avoir un impact.

Pour certains experts, la simple idée que le système électoral américain puisse faire l'objet d'attaques informatiques pourrait suffire à saper la confiance du grand public dans la crédibilité du scrutin et ouvrir la voie à une contestation des résultats.

"La perception du piratage pourrait être aussi efficace, si ce n'est plus efficace, que le piratage réel", juge Jessica Brandt du groupe Alliance for Securing Democracy, qui étudie les ingérences étrangères dans les élections.

L'experte explique que les réseaux russes de piratage ont pour but de susciter un sentiment de vulnérabilité en accédant illégalement à des bases de données de divers Etats américains et en laissant des "miettes de pain" permettant de remonter au Kremlin.

"Vont-ils trafiquer les votes? Je ne le crois pas", estime Mme Brandt.

"Mais il n'est pas nécessaire de trafiquer le moindre vote pour remettre en question la légitimité du processus électoral", souligne-t-elle.

Les défis posés par ce sentiment de piratage sont renforcés par la vulnérabilité de certaines infrastructures, dont les machines à voter électroniques, les bases de données ou les systèmes de transmission des résultats.

Cependant, de nombreux spécialistes considèrent que le système s'est nettement amélioré ces dernières années. 

"Les Etats ont fait des progrès considérables ces quatre dernières années pour empêcher, détecter et se remettre de cyberattaques et de pannes", écrivent, dans Foreign Affairs, Lawrence Norden et Derek Tisler du Center for Justice de l'université de New York.

"Les responsables électoraux ont développé des alternatives pour s'assurer que le vote puisse continuer en cas de cyberattaque pendant que les problèmes sont identifiés et résolus", décrivent les deux chercheurs.

Il soulignent par exemple que les bureaux de vote de nombreux Etats disposent de documents de secours sur support papier si les urnes électroniques venaient à tomber en panne.

"Grâce à ces efforts, 2020 sera, à bien des égards, l'élection la plus sûre que les Etats-Unis aient jamais connu", écrivent-ils.

-  Hyperboles -

Selon des informations de presse parues la semaine dernière, la Russie et l'Iran ont piraté des informations personnelles d'électeurs américains.

Toutefois, le FBI et les agences de sécurité intérieure ont affirmé que rien ne suggérait que des données susceptibles de compromettre l'intégrité du scrutin avaient été subtilisées.

"Préparons nous dans les prochaines semaines à ce que de mauvais acteurs abusent d'hyperboles suggérant qu'ils ont +piraté+ le système électoral. Ne vous faites pas avoir", a tweeté le responsable de la cybersécurité chez Facebook Nathaniel Gleicher. 

Mais les tentatives d'intrusion russes et iraniennes font aussi craindre une contestation des résultats par Donald Trump ou d'autres responsables politiques.

"Je pense que cela nous dessert quand notre président remet en question la légitimité de notre processus électoral sans preuve", regrette Mme Brandt.

"C'est précisément le genre d'affirmation que les Russes souhaitent promouvoir. Cela leur offre un discours qu'il peuvent amplifier", poursuit-elle.

- Désinformation -

James Lewis, responsable de la politique technologique au Center for Strategic and International Studies, explique que la perception de piratage est une technique ancienne, utilisé par les agences d'espionnage, notamment en Russie.

"Ils fournissent une information, qui conduit leur cible à prendre de leur plein gré la décision espérée", détaille M. Lewis.

"En gros, cela consiste à alimenter la désinformation pour que les gens se hâtent à faire des conclusions erronées. Les Russes peuvent utiliser les réseaux sociaux pour amplifier l'effet étant donné que les algorithmes de Facebook et des autres plateformes peuvent être manipulés", ajoute l'expert.

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