Dans le désert, des puits creusés par les chevaux désaltèrent tous les animaux

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Un cheval creusant un puit dans le désert, permettant ainsi à d'autres animaux de s'abreuver et de leur fournir une préciseuse source d'eau, comme le révèle une nouvelle étude
Un cheval creusant un puit dans le désert, permettant ainsi à d'autres animaux de s'abreuver et de leur fournir une préciseuse source d'eau, comme le révèle une nouvelle étude
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© AFP, Erick Lundgren
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publié le jeudi 29 avril 2021 à 22h14

Depuis des milliers d'années, les chevaux et les ânes ont compté parmi les plus importants partenaires des humains. Une nouvelle étude publiée jeudi montre qu'ils sont aussi d'une aide précieuse pour les animaux et les plantes du désert, en creusant de profonds puits qui leur procurent une source d'eau vitale, en particulier au pic de l'été. 

Le biologiste Erick Lundgren, auteur principal de ces recherches publiées dans la prestigieuse revue Science, a expliqué à l'AFP avoir remarqué ce phénomène pour la première fois lorsqu'il travaillait dans l'ouest de l'Etat américain de l'Arizona, où il étudiait à l'époque le réseau de rivières.

"Les gens ne pensaient pas que c'était digne d'une attention scientifique", dit le chercheur, qui travaille aujourd'hui à l'Université de technologie de Sydney. 

Il avait par le passé lu sur les éléphants africains creusant des puits, qui se révèlent parfois être la seule source d'eau pour les autres animaux durant la saison sèche. Et il a voulu savoir si les équidés pouvaient jouer un rôle similaire en Amérique. 

Une idée intrigante, "car les ânes et les chevaux sont considérés comme des agents nuisant à la biodiversité", n'étant pas des espèces originaires de la région, dit-il. 

Durant trois étés, lui et son équipe ont ainsi observé plusieurs sites dans le désert de Sonoran, qui s'étend de l'Arizona à la Californie.

Ils ont comparé la contribution des puits creusés par les équidés par rapport à l'eau disponible à la surface pour les animaux, qui provient de sources parfois permanentes, parfois intermittentes selon la saison. 

Ils ont également installé des caméras pour observer la façon dont les autres animaux les utilisaient. 

- Deux mètres de profondeur -

Leurs résultats montrent que ces puits, qui atteignent jusqu'à deux mètres de profondeur, ont augmenté la quantité d'eau disponible pour beaucoup d'espèces originaires du désert, et réduit la distance entre les grands points d'eau durant les périodes sèches. 

Pendant les moments les plus chauds de l'été, ils se sont même révélés être la seule source d'eau sur certains sites. 

Selon Erick Lundgren, les équidés servent ainsi de "tampon" atténuant l'extrême variabilité des sources d'eau d'une année sur l'autre.

Les puits "étaient utilisés par quasiment toutes les espèces que vous pouvez imaginer, dont certaines surprenantes comme des ours noirs, qu'on ne s'attend pas à voir dans le désert", a-t-il expliqué. 

Egalement vus en train de s'abreuver: des lynx, des espèces d'oiseaux ou de porcs sauvages. 

Certaines espèces d'arbres ont parfois commencé à pousser dans des puits abandonnés, ce qui montre qu'ils ont aussi un effet bénéfique sur la flore.

-  "Invasion" -

Les chevaux et les ânes ont été introduits en Amérique par les Européens pour aider à la colonisation du continent, mais beaucoup ont ensuite été abandonnés avec les progrès des engins à combustion. 

Depuis, ils ont été étudiés sous le concept biologique d'"invasion", explique le chercheur, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas considérés comme faisant partie de la faune locale. 

Mais ce raisonnement est trop fermé d'esprit et a empêché les scientifiques d'avoir une compréhension plus nuancée de leurs effets sur l'écosystème, considère-t-il. 

Selon lui, ces puits deviendront plus importants encore avec le temps, l'activité humaine et le réchauffement climatique réduisant le nombre de sources d'eau pérennes dans ces régions. 

Par ailleurs, ce comportement chez les chevaux et les ânes pourrait avoir un "précédent" dans l'Histoire, selon Erick Lundgren. 

Des équidés, éléphants et autres grands animaux qui parcourraient autrefois l'Amérique du Nord, jusqu'à une mystérieuse extinction il y a 12.000 ans, pourraient avoir eu un rôle similaire.

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