Ces Youtubeurs étrangers qui défendent la Chine contre l'Occident

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Jason Lightfoot s'exprimant sur sa chaîne YouTube, sur un écran d'ordinateur, le 2 septembre 2021 à Pékin
Jason Lightfoot s'exprimant sur sa chaîne YouTube, sur un écran d'ordinateur, le 2 septembre 2021 à Pékin
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© AFP, Jade GAO

publié le dimanche 12 septembre 2021 à 14h52

Installés en Chine, ils comptent des centaines de milliers d'abonnés sur YouTube: ces blogueurs étrangers affirment vouloir "tordre le cou" aux "préjugés" et critiques occidentales contre Pékin, notamment en matière de droits de l'homme.

Les vidéos de ces Youtubeurs cumulent souvent plusieurs millions de vues. Elles évoquent la qualité de vie et même parfois les travers du pays asiatique, mais entendent dénoncer les reportages jugés biaisés de la presse étrangère.

"Je m'adresse aux gens qui ont subi un lavage de cerveau" en lisant des articles négatifs sur la Chine, déclare à l'AFP Fernando Munoz Bernal, de la chaîne YouTube "FerMuBe".

Ce Colombien, professeur d'anglais dans la ville de Dongguan (sud), est arrivé dans le pays asiatique en 2000. Il compte près de 30.000 abonnés sur YouTube et 18.000 sur la plateforme chinoise Bilibili. 

Fernando Munoz Bernal fait partie de ces blogueurs vidéo vent debout contre les ONG, médias et chercheurs étrangers accusant Pékin de commettre des violations des droits de l'homme dans le Xinjiang (nord-ouest). 

Cette région longtemps meurtrie par des attentats sanglants attribués à des séparatistes et islamistes de l'ethnie ouïghoure fait l'objet depuis plusieurs années d'une draconienne reprise en main sécuritaire.

Des études occidentales, basées sur des interprétations de documents officiels chinois, des témoignages de victimes présumées et des extrapolations statistiques accusent les autorités chinoises de répression contre les Ouïghours.

Ces rapports reprochent à Pékin d'avoir arbitrairement interné dans des "camps" un million de personnes, d'avoir recours à des "stérilisations forcées" et à du "travail forcé". Les Etats-Unis accusent la Chine de "génocide".

- "Mensonges" -

Dans une vidéo diffusée en avril, Fernando Munoz Bernal reproche à la presse étrangère de présenter une réalité fantasmée du Xinjiang et fustige "les mensonges et rumeurs concoctés par les journalistes".

Les médias occidentaux cherchent à détourner l'attention des problèmes en Europe et aux Etats-Unis en "créant des ennemis de toutes pièces", comme la Chine, déclare-t-il à l'AFP.

Ces blogueurs démentent catégoriquement être missionnés ou payés par le gouvernement chinois. Ils affirment vouloir juste défendre leur pays d'adoption face à des critiques jugées injustes.  


Leurs vidéos présentent la vie quotidienne en Chine mais contiennent aussi des commentaires plus engagés pour défendre les politiques chinoises. 

YouTube est inaccessible en Chine sans utiliser un logiciel VPN permettant de contourner la grande muraille informatique édifiée par les autorités.

Comme ces autres YouTubeurs toutefois, les vidéos de Fernando Munoz Bernal, en version sous-titrée, reçoivent un accueil chaleureux sur les réseaux sociaux chinois où ils sont en partie republiés.

Les médias officiels chinois, qui se plaignent régulièrement de la couverture de la Chine par la presse étrangère, republient également certains contenus produits par ces blogueurs étrangers. 

"Quand c'est possible, la propagande (étatique) les intègre à sa propre campagne de propagande", déclare à l'AFP Florian Schneider, chercheur et directeur de l'institut Leiden Asia Centre (Pays-Bas).

Fernando Munoz Bernal concède que lui et d'autres blogueurs étrangers collaborent occasionnellement avec des médias d'État chinois. Mais il insiste: il n'est en aucun cas missionné par le Parti communiste au pouvoir.

- Reportages ironiques -

Dans certaines de ses vidéos, tournées lors de voyages organisés par la radio officielle Radio Chine Internationale, il parle du développement du milieu rural ou interviewe d'autres Youtubeurs sur l'image de la Chine.

Dans un autre clip, il qualifie de "terrorisme" les violences des manifestants pro-démocratie à Hong Kong en 2019 et estime que les États-Unis tentent de provoquer une guerre avec la Chine en soutenant le mouvement de contestation.

Parmi les autres blogueurs très suivis sur YouTube, avec 300.000 abonnés à sa chaîne "Barrett", figure Lee Barrett, dont les vidéos sont aussi parfois repostées par les médias d'Etat chinois.

"Si vous créez du contenu qui plaît au gouvernement, quel est le problème si (la presse officielle) le republie?", interroge-t-il dans une vidéo. Il n'a pas souhaité répondre aux questions de l'AFP.

Si nombre de ces Youtubeurs publiaient au départ des contenus sur la vie quotidienne, leurs vidéos ont pris un ton plus politique avec les tensions entre Pékin et l'Occident. 

Les premières vidéos du blogueur britannique Jason Lightfoot, 173.000 abonnés, étaient ainsi axées sur ses voyages en Asie, où on le voyait déguster la cuisine de rue et chanter dans des karaokés. 

Mais depuis l'an passé, il dénonce lui aussi sur sa chaîne les "mensonges" occidentaux, en parodiant notamment sous forme de reportages ironiques la télévision britannique BBC et ses préjugés supposés sur la Chine.

La chaîne est régulièrement dans le collimateur de Pékin, qui fustige ses "fausses informations".

Jason Lightfoot n'a pas donné suite à une demande d'interview de l'AFP.

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