Autriche: l'extrême droite désactive l'influente page Facebook de son ancien chef

Autriche: l'extrême droite désactive l'influente page Facebook de son ancien chef
L'extrême droite autrichienne, en crise après une série de scandales et un revers aux élections législatives, a désactivé dans la nuit de vendredi à samedi la page Facebook de son ancien chef

AFP, publié le samedi 19 octobre 2019 à 13h17

L'extrême droite autrichienne, en crise après une série de scandales et un revers aux élections législatives, a désactivé dans la nuit de vendredi à samedi la page Facebook de son ancien chef, dont le parti avait fait un vecteur de sa conquête du pouvoir.

Forte de près de 800.000 abonnés, soit environ un électeur autrichien sur huit, le compte Facebook professionnel de l'ex-patron du FPÖ Heinz-Christian Strache avait été qualifié de "plus gros portail populiste du pays" par l'hebdomadaire de centre-gauche Falter.

Charismatique chef du FPÖ pendant 14 ans, M. Strache y postait ou faisait poster des articles de presse, souvent liés à l'immigration, et y dialoguait avec les internautes. Le contrôle de cette page, dont le parti d'extrême droite avait les droits d'administration, était au centre d'un contentieux depuis la disgrâce du leader nationaliste, contraint à la démission en mai après le scandale de l'Ibizagate.

Depuis vendredi minuit, le compte "HC Strache" est désactivé. Le FPÖ a expliqué dans un communiqué qu'il ne lui était pas possible, "pour des raisons légales", de satisfaire la demande de son ancien chef qui souhaitait récupérer les droits sur cette page, "car celle-ci a été construite et gérée grâce aux moyens financiers et humains" du parti.

Menacée par Heinz-Christian Strache de poursuites en justice, la formation d'extrême droite a préféré saborder cette plateforme de communication qui faisait quasiment jeu égal, par le nombre d'abonnés, avec la page Facebook du chef des conservateurs et ancien chancelier Sebastian Kurz.

Le compte "HC Strache" avait été l'un des outils de l'ascension de l'extrême droite, revenue au pouvoir fin 2017 en coalition avec la droite de Sebastian Kurz. Cette alliance avait implosé lorsqu'a éclaté en mai dernier le scandale de l'Ibizagate : filmé en caméra cachée en train de proposer des marchés publics à une jeune femme se faisant passer pour la nièce d'un oligarque russe, Heinz-Christian Strache avait dû démissionner de toutes ses fonctions, dont celle de vice-chancelier.

Des élections législatives ont été convoquées dans la foulée de cette affaire. Avec 16,2% des suffrages, le FPÖ a perdu presque 10 points par rapport au scrutin de 2017.

Encore impliqué dans la campagne malgré sa démission, M. Strache a été mis sous pression par ses anciens acolytes après les élections : il a annoncé son retrait de la vie politique alors qu'il est également mis en cause par des révélations compromettantes sur son train de vie.

Après la désactivation de sa page professionnelle qu'il compare à une "marque", M. Strache a réagi sur son compte Facebook personnel (51.000 fans) : "chaque fin est un nouveau début, pas d'inquiétude, je reviendrai et pas seulement sur Facebook".

Beaucoup prêtent à ce tribun populiste de 50 ans, qui conserve un solide réseau, l'ambition de créer sa propre formation d'extrême droite, comme l'avait fait son prédécesseur Jörg Haider en 2005 après sa rupture avec le FPÖ.

Le FPÖ est depuis mai dirigé par l'ancien ministre Norbert Hofer, qui a mis le parti en retrait des négociations politiques actuellement en cours pour former une coalition avec Sebastian Kurz, vainqueur des élections du 29 septembre.

Les Verts sont l'un des possibles partenaires de coalition courtisés par le chef des conservateurs. Le FPÖ a dit vouloir "se reconstruire" dans l'opposition, mais n'a pas exclu d'être un recours pour Sebastian Kurz si celui-ci devait échouer à sceller une alliance, alors que les négociations doivent encore durer plusieurs mois.

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