Affaire Luc Besson: la plaignante fait condamner Le Point pour diffamation

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L'actrice Sand Van Roy, l'inscription "Stop aux violences contre les femmes" tatouée sur son dos, au Festival de Cannes, le 19 mai 2019
L'actrice Sand Van Roy, l'inscription "Stop aux violences contre les femmes" tatouée sur son dos, au Festival de Cannes, le 19 mai 2019
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© AFP, CHRISTOPHE SIMON

publié le jeudi 24 juin 2021 à 17h20

L'actrice Sand Van Roy, qui accuse le cinéaste Luc Besson de viols et agressions sexuelles, a obtenu jeudi à Paris la condamnation pour diffamation de l'hebdomadaire Le Point et d'un de ses journalistes pour l'avoir qualifiée de "call-girl".

Etienne Gernelle, directeur de publication de l'hebdomadaire, et Aziz Zemouri, auteur de l'article mis en cause, ont été condamnés jeudi par le tribunal correctionnel de Paris à une amende respective de 3.000 euros et 2.000 euros. 

Ils doivent également payer solidairement 3.000 euros de dommages et intérêts à Sand Van Roy et 2.000 euros de frais de justice.

Dans deux articles diffusés en mai 2018, quelques jours après sa première plainte pour viol, l'hebdomadaire présentait la plaignante comme une ancienne "call-girl".

Interrogé par Mediapart, Aziz Zemouri avait maintenu l'emploi de ce terme, assurant "avoir atténué la réalité" et se fonder sur "des témoignages recueillis dans le milieu du cinéma et les productions Besson".

A l'audience, fin mai, son conseil n'a produit aucun témoignage mais un procès-verbal d'audition d'une amie de Sand Van Roy, issu de l'enquête sur les accusations de viol, évoquant  une "relation" entre la plaignante et un homme âgé.

Dans sa décision, jeudi, le tribunal correctionnel a balayé cet "unique document" utilisé comme preuve de son enquête sérieuse par le journaliste : il "n'établit pas la réalité de l'imputation diffamatoire". 

Il a tancé l'absence d'"enquête sérieuse" du journaliste qui "aurait dû s'exprimer avec prudence et mesure".

La 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris a aussi estimé que la mention de "la prétendue activité passée de +call-girl+" prêtée à Mme Sand Van Roy était "sans rapport direct" avec les accusations de viol.

De plus, l'actrice "n'a pas été sollicitée" avant l'article, alors que le journaliste, déjà condamné trois fois en 2014, 2015 et 2016 pour complicité de diffamation, est "tenu de respecter le contradictoire".

Sollicité par l'AFP, Aziz Zemouri a souligné que "rien ne (justifiait) qu'on porte atteinte à l'intégrité physique d'une personne, quelle que soit sa qualité" et indiqué son intention de faire appel de sa condamnation car "le tribunal n'a pas jugé en droit". 

Émue, Sand Van Roy s'est félicitée de cette condamnation alors que "pendant trois ans, j'ai été présentée comme prostituée" et que "les gens ont vu dans cet article comme une base légale pour dire cela".

L'actrice a critiqué le fait que "d'autres plaignantes se fassent traiter de +pute+ sur les réseaux sociaux".

"Le tribunal reconnaît (...) non seulement la fausseté des propos tenus (...) mais également la mauvaise foi dont ils ont fait preuve en la qualifiant ainsi, sans preuve et sans enquête sérieuse dans le but de nuire à son honneur et à sa considération", s'est félicitée son avocate, Me Jade Dousselin.

Sur le fond du dossier, Luc Besson, qui conteste les accusations, a été placé sous le statut de témoin assisté le 25 janvier.

La juge d'instruction chargée de l'enquête sur ces accusations de viol a annoncé fin février aux parties son intention de clôturer les investigations, une décision contestée par la défense de Sand Van Roy.

"Un déni de justice", pour Me Dousselin. 

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