Violée par son instituteur pédophile : «Je sais pertinemment qu'il y a encore d'autres victimes»

Violée par son instituteur pédophile : «Je sais pertinemment qu'il y a encore d'autres victimes»
Sarah, 21 ans aujourd'hui, a été violé en 2003 par Romain Farina alors qu'il était son instituteur. Elle appelle toutes les victimes à parler.

leparisien.fr, publié le vendredi 27 avril 2018 à 06h23

Sarah, 21 ans, victime du pédophile Romain Farina en 2003, a été l'une des premières à porter plainte. Aujourd'hui, elle témoigne et appelle les autres victimes à se déclarer.

Sarah a été la première victime « adulte » à déposer plainte, dans le sillage de la révélation des faits, en 2015. Elle a été rejointe l'an passé par une autre camarade de classe, Mériem*, 20 ans, victime comme elle à l'automne 2003 alors qu'elles étaient scolarisées en CP à l'école Anatole-France, dans le quartier des Minguettes à Vénissieux (Rhône).

Toutes deux figurent d'ailleurs sur les photos retrouvées dans les terribles archives de Romain Farina, cet instituteur arrêté en 2015 pour avoir violé plusieurs de ses élèves. Il y aurait pas moins de 80 victimes, selon l'enquête qui a débuté il y a trois ans. Huit nouvelles viennent d'être identifiées.

Mais pour Sarah, 21 ans aujourd'hui, dont la plainte avait à l'époque été reçue avec précaution, voire méfiance par les autorités, il y a encore bien d'autres victimes à Vénissieux, qui n'apparaissent pas forcément sur les disques durs de l'instituteur. Aujourd'hui, la femme les exhorte à se faire connaître, avant que l'instruction judiciaire ne se referme définitivement.

À quel moment avez-vous pris conscience que vous étiez victime ?

SARAH. En fait, j'avais ça en moi depuis toujours... J'avais essayé de le ranger dans un coin de ma tête, mais ça me hantait. Des souvenirs très précis étaient gravés dans ma mémoire, avec ce pressentiment que ce qui s'était passé n'était pas normal. Mais à six ans, on n'a aucune conscience de ces choses-là, on ne sait même pas que la pédophilie existe ! Ce n'est que vers l'âge de 15 ou 16 ans que j'ai ouvert les yeux. Je savais que ce n'était pas une cuillère qu'il avait mis dans ma bouche. J'avais mordu, je me souviens qu'il avait poussé un gémissement... C'est dur à accepter. Et puis j'avais toujours ce doute d'avoir mal compris, d'accuser à tort, de ne pas être crue. Et puis, il y a eu Villefontaine (Isère).

Vous avez porté plainte dès le lendemain...

Un soir de mars 2015, je me connecte à mon ordinateur et je découvre l'affaire : un instituteur de CP qui faisait des ateliers du goût derrière une bibliothèque, en bandant les yeux des élèves... J'ai eu un coup au cœur. En voyant sa photo, tout m'est revenu en une seconde. Je me suis dit : « Je ne suis pas folle. Tout cela, moi aussi je l'ai vécu ! » J'en ai immédiatement parlé à ma mère. Cela n'allait pas de soi, ce n'est pas dans notre culture d'évoquer ce genre de sujets. Elle a éclaté en sanglots, elle s'en voulait d'être passée à côté à l'époque. Mais dès le lendemain, nous étions au commissariat.

Comment avez-vous vécu la suite de l'enquête ?

Quand j'ai déposé plainte, les policiers ont été à l'écoute, mais aussi très « cash ». Ils m'ont dit que ce que j'avais vécu, ça s'appelait un viol. Au fond, ça m'a aidée à réaliser, mais sur le moment, c'est une claque. C'est un mot très lourd. Vous vous sentez salie, il y a du dégoût, de la honte. Je revois ma mère en larmes, c'était l'horreur. Après, pendant plusieurs semaines, j'ai déprimé. Je me sentais coupable de ne pas avoir parlé, je me dis encore qu'on aurait peut-être pu l'arrêter... Je pense à tous ces enfants qui vont grandir avec ça. Aujourd'hui, on parle de plus de soixante-dix victimes, c'est ahurissant. J'en veux beaucoup à la justice de ne pas avoir réagi en 2008 (NDLR : lorsqu'il a été condamné pour détention d'images pédopornographiques sans que le rectorat n'en soit informé). On aurait épargné tellement de souffrances !

Pourquoi témoigner aujourd'hui ?

Pour dire que même si l'on a des doutes, il faut alerter. Et que si l'on a vécu soi-même cette violence, il faut absolument en parler. Or je sais pertinemment qu'il y a encore d'autres victimes de mon âge : toute ma classe a fait l'atelier du goût ! L'une de mes ex-camarades, musulmane comme moi, m'avait par exemple confié dès le départ qu'elle ne parlerait pas par peur de la réaction de ses parents... Il faut pourtant vaincre ce tabou, car garder ça pour soi, c'est se détruire intérieurement. Aujourd'hui, même s'il n'y aura pas de procès à cause du suicide de Farina, on peut encore se constituer partie civile et être reconnu comme victime. Pour moi, ça été un soulagement immense, même si ça ne règle évidemment pas tout. Parler à la police, à un psychologue, à quelqu'un... c'est le seul moyen d'avancer.

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