«Une vision intolérante de l'islam» : un ancien salafiste raconte son expérience

«Une vision intolérante de l'islam» : un ancien salafiste raconte son expérience
À Sartrouville, le préfet a fermé la salle de prière de la cité des Indes.

leparisien.fr, publié le samedi 26 mai 2018 à 19h08

Julien*, un converti passé par un centre de déradicalisation, se confie sur son ancienne croyance.

D'aussi loin qu'il se souvienne, Julien* s'est toujours posé des questions « existentielles ». Très jeune, les religions l'attirent. En 2010, tout juste majeur, c'est dans l'islam et sa mouvance salafiste que ce jeune Aveyronnais, qui a grandi dans une famille catholique, trouve des réponses. « Pourquoi le salafisme ? Parce que c'était le courant qui avait le vent en poupe. Et puis la littérature salafiste est la mieux faite et la plus répandue », développe-t-il.

Fasciné par la lecture du Coran, il s'engage de son propre aveu « avec l'ardeur du néophyte » dans sa nouvelle croyance. « Quand vous êtes dans la salafiyya, vous êtes persuadé de faire partie du groupe sauvé. J'étais porté par ma foi », précise ce jeune homme qui affirme en être aujourd'hui revenu. Pour parfaire sa formation, il s'installe à Marseille où il se marie avec une jeune convertie et fréquente la mosquée de l'imam El Hadi Doudi, expulsé le mois dernier en raison de ses prêches jugés trop radicaux.

«C'est la foi qui est radicale»

Julien, 26 ans aujourd'hui, peine à décrire les implications pratiques de cet engagement. « C'est une vision fermée et intolérante de l'islam qui peut s'opposer à certains principes républicains, admet-il sans rentrer dans les détails. Toute la vie quotidienne est conditionnée par les écrits du Prophète. Je ne voyais pas nécessairement les non musulmans comme des ennemis, mais plutôt comme des gens perdus. »

Selon lui, le salafisme est une croyance « rigoriste en soi ». « On peut considérer que c'est une porte d'entrée vers la violence mais attention, prévient-il, cela ne veut pas dire que tous les salafis sont violents. Et encore moins terroristes. À Marseille, je n'ai jamais entendu de prêche tendancieux. C'est la foi qui est radicale, pas nécessairement les actes. Je n'ai par exemple jamais été tenté d'aller faire le djihad en Syrie. »

Arrêté au Maroc

Le parcours de Julien, qui a arrêté ses études en troisième, le mène plutôt vers le Maroc. « Je souhaitais vivre dans un pays où l'on ne jugerait pas ma foi », relate-t-il. Mais l'expérience vire au cauchemar. En décembre 2014, il est arrêté, suspecté d'association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un attentat. Après quatre mois de détention, il est acquitté et retourne en France.

Progressivement, par des lectures notamment, Julien assure qu'il s'est éloigné du salafisme. « Je me suis rendu que j'avais été berné. Les salafis ont une vision figée de la religion alors que moi je remets sans cesse tout en question. » En septembre, l'Aveyronnais fait partie des premiers pensionnaires du centre de déradicalisation de Pontourny (Indre-et-Loire). « J'ai accepté la proposition. Le projet était mal ficelé (NDLR : le centre a fermé moins d'un an après son ouverture). Mais, en quatre mois, j'y ai rencontré des gens très intéressants. »

Désormais installé en Gironde où il travaille en intérim, Julien n'a rien renié de son engagement dans l'islam mais il le décrit comme « plus intime et plus épanoui ».

* Le prénom a été modifié.

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