Une magistrate agressée à son domicile, indignation du monde judiciaire

Une magistrate agressée à son domicile, indignation du monde judiciaire
L'une des présidentes de la cour d'assises des Yvelines a été agressée lundi matin à son domicile dans ce département, visée par un tir de lanceur de balles de défense (LBD), a-t-on appris de sources concordantes.

AFP, publié le lundi 17 juin 2019 à 19h14

Une magistrate a été blessée au visage par le tir d'une arme de poing lundi à son domicile, une agression "rare" qui a provoqué l'indignation du monde judiciaire et dont les auteurs sont toujours recherchés.

L'une des présidentes de la cour d'assises des Yvelines a été visée à la tête vers 09H30 alors qu'elle sortait de son domicile situé dans une petite commune du nord de ce département.

"Deux individus casqués et circulant à bord d'une moto se sont présentés à son domicile et ont sonné à l'interphone. Ayant ouvert une fenêtre, la victime a alors essuyé un tir d'arme de poing à ce jour non identifiée, dirigé vers son visage", selon un communiqué du parquet de Versailles lundi soir.

La magistrate a été hospitalisée et l'était toujours lundi soir, souffrant de "plusieurs fractures du visage". Elle a été visée par un tir de LBD, a indiqué une source proche du dossier, qui ajoute que son pronostic vital n'est pas engagé.

Si les raisons de cette agression restent obscures, il semble que les agresseurs "ne sont pas venus là par hasard", a assuré une source proche de l'enquête, laissant entendre que la victime avait été visée en raison de ses fonctions.

Les agresseurs ont réussi à prendre la fuite et un important dispositif de recherche a été mis en place par les gendarmes de la section de recherche de Versailles, à qui une enquête pour "tentative d'assassinat" a été confiée.

Dès la fin de matinée, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a réagi sur Twitter, disant apprendre "avec indignation et émotion l'agression de la présidente de la cour d'assises de Versailles."

"Toutes les forces de l'ordre sont mobilisées pour retrouver les auteurs", a-t-elle affirmé, exprimant son "soutien à la magistrate, à sa famille et à la communauté judiciaire de Versailles."

L'ordre des avocats de Paris a exprimé lui aussi sur le réseau social "toute son indignation", se disant "totalement solidaire de la communauté judiciaire qui est désormais trop souvent la proie de menaces et violences."

Pour Vincent Charmoillaux, secrétaire général du syndicat de la magistrature (SM), "c'est quelque chose d'extrêmement rare, extrêmement grave et qui est une vraie transgression".

- "Violences et menaces" -

"Magistrats et avocats font face à une vague sans précédent de violences et de menaces dans notre pays. Nous ne laisserons pas faire !", a dénoncé la présidente du Conseil national de barreaux (CNB) Christiane Feral-Schuhl.

L'agression a aussi suscité l'émoi au palais de justice de Paris, où se poursuivait lundi le procès de Patrick et Isabelle Balkany. A l'ouverture de l'audience, le président de la 32e chambre correctionnelle, Benjamin Blanchet, a évoqué l'agression : "elle a reçu une balle de flashball dans l'œil, tirée à bout portant. Le tribunal dans son ensemble a une pensée pour elle". 

Il a aussi rappelé "l'urgence du règlement de la protection des magistrats dans l'exercice de leur fonction". L'ancien bâtonnier Pierre-Olivier Sur, qui défend Isabelle Balkany, a lui aussi exprimé son émotion avant le début des plaidoiries.

La magistrate a été nommée à Versailles en août 2015, après avoir été vice-présidente du tribunal de grande instance (TGI) de Nanterre. La semaine précédant son agression, elle présidait à Nanterre - juridiction qui dépend de Versailles - un procès à la cour d'assises des mineurs. 

Ces derniers mois, elle a notamment mené les débats au procès d'un animateur accusé de viols et d'agressions sur des enfants, ainsi qu'à celui d'un homme accusé d'avoir maquillé l'assassinat de sa femme.

Avant de présider les assises, où sont jugés les infractions les plus graves, cette magistrate chevronnée, qui a plus de 25 ans de carrière, a travaillé en tant que membre du parquet puis elle a exercé, pendant plus d'une décennie, en tant que juge d'instruction, à Pontoise et Versailles.

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