L'Espagne sous le choc après la découverte du corps d'une enfant enlevée par son père

L'Espagne sous le choc après la découverte du corps d'une enfant enlevée par son père
La plage de Tabaiba au large d'El Rosario sur l'île de Tenerife aux Canaries, le 5 août 2017

publié le vendredi 11 juin 2021 à 23h12

Le corps d'une fillette de six ans enlevée avec sa petite sœur par leur père a été découvert au large de l'île espagnole de Tenerife après des semaines de recherches, suscitant vendredi une vague d'émotion en Espagne. 

Olivia, six ans, et sa sœur Anna, un an, étaient portées disparues depuis fin avril sur l'île de l'archipel des Canaries après l'envoi d'un dernier message "d'adieu" de leur père, lui aussi disparu, à leur mère dont il était séparé, a indiqué à l'AFP un porte-parole de la Garde civile.

Le lendemain de leur disparition, une embarcation appartenant au père et un siège auto utilisé par Anna avaient été retrouvés à la dérive au large de Tenerife, amenant les autorités à lancer des recherches dans la zone.  

Jusqu'à ce qu'un corps retrouvé jeudi en fin de journée au fond de l'océan soit identifié comme celui de la petite Olivia, a confirmé ce porte-parole à l'AFP. 

Les autorités continuent de chercher Anna et son père au large de l'île située dans l'océan Atlantique, près des côtes du nord-ouest de l'Afrique.

Selon des sources proches de l'enquête citées par les médias espagnols, le père des deux filles a été vu, le jour de leur disparition, chargeant plusieurs sacs sur son bateau. Selon des médias, le corps d'Olivia a été retrouvé à 1.000 mètres de profondeur dans un sac lesté par l'ancre de l'embarcation du père.

"Pour Beatriz", la mère des deux petites filles, "c'est inimaginable, c'est ce à quoi nous nous attendions le moins. Nous avions tous espoir de retrouver les filles et que Tomas (le père) s'en occupait", a confié le porte-parole de la famille, Joaquin Amills, à la télévision publique espagnole.  

- "Une question d'Etat" -

L'annonce de la découverte du corps d'Olivia a suscité une grande vague d'émotion dans le pays.

"Toute l'Espagne est sous le choc", a déclaré le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez vendredi lors d'un déplacement au Costa Rica, exprimant son "rejet absolu de la violence machiste, la violence vicariante (par procuration, ndlr) que certains continuent de nier dans notre pays".

"La violence vicariante est une violence machiste doublement sauvage et inhumaine, puisqu'elle cherche à causer de la douleur non seulement à la femme, mais aussi à ses enfants".

"Il n'y a pas de mots pour accompagner Beatriz dans ce moment de douleur terrible. Cette violence exercée contre les mères pour frapper là où cela fait le plus mal est une question d'Etat", a dit de son côté la ministre de l'Egalité, Irene Montero, membre du parti de gauche radicale Podemos.

La reine Letizia a exprimé quant à elle sa "douleur et (sa) tristesse" en évoquant la découverte du corps d'Olivia, ainsi que le meurtre d'une autre mineure qui a également bouleversé le pays: Rocio, 17 ans, disparue début juin avant d'être retrouvée démembrée près de Séville (sud). Son ex-conjoint et père de leur bébé a avoué le meurtre jeudi.

En Espagne, 39 mineures ont été assassinées par leurs pères ou par les compagnons ou ex-compagnons de leur mère depuis 2013, selon les chiffres du gouvernement sur les violences de genre.

A Madrid, Tenerife, Pampelune ou d'autres villes d'Espagne, plusieurs manifestations se sont tenues à l'appel de collectifs féministes pour dénoncer ce crime ainsi qu'une recrudescence des féminicides depuis le début de l'année dans le pays, en pointe dans la lutte contre les violences machistes en Europe.

Sur l'emblématique place de la Puerta del Sol dans la capitale, plusieurs centaines de personnes se sont retrouvées vendredi soir malgré la pluie scandant "Les assassins ne sont pas toujours fous" ou encore "Pas une de moins", le slogan espagnol contre les violences machistes, selon les webcams de la ville.

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