Un proche de Serge Dassault condamné en appel à 15 ans de prison pour tentative d'assassinat

Un proche de Serge Dassault condamné en appel à 15 ans de prison pour tentative d'assassinat
Condamné à 15 ans de prison en 2016 pour une tentative d'assassinat commise sur fond de soupçons d'achats de votes à Corbeil-Essonnes, un proche de Serge Dassault est jugé en appel devant les assises du Val-de-Marne à Créteil ...

AFP, publié le mardi 22 mai 2018 à 19h35

Un proche de Serge Dassault jugé en appel devant les assises du Val-de-Marne pour une tentative d'assassinat commise sur fond de soupçons d'achats de votes à Corbeil-Essonnes a été condamné mardi à 15 ans de réclusion criminelle, comme en première instance.

L'avocat général Jean-Christophe Crocq avait demandé cette même peine dans ses réquisitions, jugeant la décision de la cour d'assises de l'Essonne en 2016 "sage et équilibrée".

En 2013, Younès Bounouara, aujourd'hui 46 ans, avait tiré en plein centre-ville de Corbeil-Essonnes sur Fatah Hou, blessant grièvement ce boxeur professionnel désormais handicapé à 55 %.

Quelques heures plus tôt, une violente altercation avait éclaté entre les deux hommes. Au cœur de la dispute, des révélations du Canard enchaîné au sujet du sénateur LR Serge Dassault, maire de Corbeil-Essonnes entre 1995 et 2009. Bounouara, un relais du millionnaire dans les quartiers sensibles, aurait touché 1,7 million d'euros en échange de l'aide apportée à l'élection en 2010 d'un fidèle de Dassault à la mairie. Bounouara aurait décidé de ne pas redistribuer cet argent, "comme il devait le faire", selon la version de Hou.

Entendu comme témoin assisté, Serge Dassault avait reconnu l'existence de dons à Bounouara pour financer un projet en Algérie, mais récusé les soupçons d'achat de votes, qui lui valent une mise en examen dans un dossier distinct.

L'avocate de Fatah Hou, Marie Dosé, a regretté que Serge Dassault, qu'elle avait cité à témoigner comme en première instance, ne se soit à nouveau pas présenté. "On m'a reproché de politiser le débat, mais ce n'est pas de la politique, c'est de la mafia", a-t-elle dit dans sa plaidoirie, estimant que son client avait représenté un danger pour le "système Dassault et les cols blancs de Corbeil-Essonnes" qu'il avait voulu dénoncer.

"Dassault, il n'est pas là. On ne juge pas un système, on ne juge pas Dassault, on juge Younès Bounouara", a rétorqué l'avocat de l'accusé Éric Dupond-Moretti. Présenter son client comme un "tueur à gage froid pour le compte de la mafia" face aux "gentils" - qui ont, selon lui, tenté de faire chanter Dassault - de l'autre côté est "caricatural", a-t-il dit.

Si Bounouara se présente comme une victime qui a craqué après des années de harcèlement à vivre dans "un état de crainte" pour lui et sa famille, "les menaces qu'il évoque ne sont pas matérialisées", a estimé l'avocat général.

"Younès Bounouara n'est pas une victime". "Il est un homme fort du système très particulier de Corbeil-Essonnes, et c'est dans ce contexte que s'inscrit son action", a-t-il martelé, rappelant la position "privilégiée" que Bounouara occupait dans le "système", et les "faveurs presque amicales ou filiales" qu'il recevait de Serge Dassault.

Sa défense a contesté la préméditation et l'intention de tuer sans convaincre la cour ni l'avocat général, qui a relu des écoutes de l'accusé pendant ses réquisitions. "Je vais le canarder, je te jure je le crève", dit-il à ses proches quelques instants avant de tirer sur la victime.

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.