Un Guinéen tué près de Rouen, une "agression raciste" selon ses proches

Un Guinéen tué près de Rouen, une "agression raciste" selon ses proches
La police est en train d'enquêter sur la mort d'un jeune universitaire Guinéen, Mamoudou Barry, 31 ans, violemment agressé vendredi soir près de Rouen.

AFP, publié le dimanche 21 juillet 2019 à 20h04

Un Guinéen de 31 ans, enseignant-chercheur à l'Université de Rouen-Normandie, est mort de ses blessures après avoir été roué de coups vendredi soir près de Rouen, au cours d'une agression qualifiée de "raciste" par ses proches.

"Tout est mis en œuvre pour identifier et interpeller l'auteur de l'agression (...) Il appartiendra à la Justice de faire toute la lumière sur cet acte odieux", a écrit sur Twitter le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. "Mes premières pensées vont à ses proches dont je partage l'émotion et l'indignation".

De sources policières, Mamoudou Barry a été agressé à Canteleu, dans la banlieue de Rouen. Pris en charge par les secours, il a été hospitalisé au CHU de Rouen, où il est mort samedi.

"Les faits auraient été commis entre 20H00 et 21H00, sous réserve du résultat des investigations à venir", a indiqué le procureur de Rouen Pascal Prache dans un message à l'AFP. 

"Les investigations sont en cours. Les auditions et vérifications devraient permettre de préciser le déroulement des faits", a-t-il ajouté sans plus de précision. 

Mamoudou Barry était enseignant-chercheur à l'Université de Rouen-Normandie, a-t-on appris auprès de l'établissement. Il avait soutenu une thèse de droit sur les "Politiques fiscales et douanières en matière d'investissements étrangers en Afrique francophone" le 27 juin dernier à Rouen, selon le site de l'Université. 

Âgé de 31 ans, marié et père d'une fille de 2 ans, le jeune chercheur a été pointé du doigt par son agresseur, à la hauteur d'un arrêt de bus, alors qu'il rentrait chez lui en voiture avec son épouse vendredi vers 20H30, a raconté à l'AFP Kalil Aissata Kéita, enseignant chercheur à l'Université de Rouen, lui aussi Guinéen et "ami proche" de la victime.

- "Sales noirs" -

"L'agresseur les a pointés du doigt et a dit: +Vous les sales noirs, on va vous niquer ce soir+", a relaté M. Kéita, alors que l'Algérie et le Sénégal s'affrontaient le soir même en finale de la coupe d'Afrique des nations de football.

L'agresseur était "de type maghrébin" mais "on ne sait pas si c'est un Algérien", a précisé M. Kéita, qui a néanmoins parlé d'une "agression raciste".

M. Barry serait descendu de sa voiture pour demander des explications à son agresseur qui l'aurait alors roué de coups. "C'est au 4e coup qu'il est tombé sur la nuque", a indiqué M. Kéita, qui a raconté avoir été aussitôt appelé par la femme de la victime.

L'agression a, selon lui, été filmée par des caméras de vidéosurveillance et s'est déroulée devant plusieurs témoins. "La police fait très bien son travail. Elle a pris l'affaire à bras-le-corps", a-t-il salué.

M. Kéita a ouvert une cagnotte en ligne avec des amis pour aider au rapatriement du corps de M. Barry en Guinée et "accompagner sa femme et sa fille".

"Débordant de projets, Mamoudou Barry forçait, par son travail, l'admiration de ses collègues et de ses étudiants", a réagi Joël Alexandre, président de l'Université de Rouen-Normandie, dans un communiqué. "Nous souhaitons que toute la lumière soit faite sur les circonstances du drame".

"L'enquête doit nous apporter toutes les réponses et mettre ses agresseurs face à leurs responsabilités. Nous le devons à sa femme et son enfant", a commenté sur Twitter la députée LREM de Paris Laetitia Avia, elle-même cible constante de propos racistes sur les réseaux sociaux.

Le député LR Éric Ciotti s'est dit "scandalisé par ce crime barbare" tandis que la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse s'est dite également "choquée". 

"Le racisme à en pleurer. Une femme, une fille dévorées par le chagrin parce que la vie de celui qu'elles aimaient a rencontré un abruti", s'est indigné pour sa part le Premier secrétaire du PS Olivier Faure.

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