Un ex-ministre burundais accusé d'esclavage moderne en France: la justice tranche lundi

Un ex-ministre burundais accusé d'esclavage moderne en France: la justice tranche lundi
La justice française rend lundi sa décision concernant un ex-ministre du Burundi et son épouse, accusés d'avoir exploité pendant 10 ans un compatriote chez eux, en région parisienne

, publié le dimanche 20 octobre 2019 à 11h51

La justice française rend lundi sa décision concernant un ex-ministre du Burundi et son épouse, accusés d'avoir exploité pendant 10 ans un compatriote chez eux, en région parisienne.

Gabriel Mpozagara, ancien ministre de la Justice puis de l'Économie au Burundi, qui a aussi travaillé à l'Unesco, a comparu le 9 septembre aux côtés de son épouse Candide Mpozagara, notamment pour "soumission à un travail forcé" et à des "conditions de travail et d'hébergement contraires à la dignité".

Les septuagénaires, qui ont clamé leur innocence, connaîtront lundi la décision du tribunal correctionnel de Nanterre (à l'ouest de la capitale française).

À la barre, Methode Sindayigaya, un ancien cultivateur burundais de 39 ans, a dépeint son quotidien pendant une décennie dans la villa cossue du couple, à Ville d'Avray, à quelques kilomètres au sud-ouest de Paris.

"Je commençais le travail le matin à 06H00 et je me couchais à 01H00", a-t-il dit, précisant qu'il faisait la lessive, le repassage, la cuisine, le ménage, le jardinage et qu'il prenait aussi soin d'un des fils du couple, qui souffre de handicap.

Il a raconté qu'il dormait dans la buanderie de la villa, au sous-sol, près d'une chaudière sentant le gasoil, se lavait "au robinet, avec un seau". Il a aussi expliqué que ses employeurs lui avaient pris son passeport et qu'il avait "peur de la police".

Pour la procureure qui a requis 3 ans de prison dont un ferme, il était "le serf de la maison et l'esclave à tout faire !".

M. Pozagara a contesté point par point les déclarations de son ancien employé. "Methode vivait dans les mêmes conditions que nous, il mangeait comme nous", a-t-il lancé, niant avoir pris son passeport.

"Je faisais le ménage moi-même, je cuisinais moi-même", a affirmé Mme Mpozagara, assurant aussi que M. Syndayigaya était "libre comme l'air".

Leur avocate Dominique Naveau-Duschesne, a insisté sur les "faiblesses", "doutes" et "manques de preuve" qui émaillaient selon elle le dossier.

En 2007, le couple avait déjà comparu dans ce même tribunal: ils avaient été condamnés, puis relaxés en appel, dans un dossier similaire, qui concernait deux jeunes nièces venues du Burundi.

Ces dernières ont plaidé leur cause auprès de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) qui a condamné la France en octobre 2012 pour avoir failli dans sa lutte contre le travail forcé. En 2013, le parlement français a introduit dans le code pénal le travail forcé, la réduction en servitude et la réduction en esclavage.

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