Tuerie en Thaïlande: un général en pleurs exhorte "à ne pas accuser l'armée"

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Une femme se recueille devant le corps d'une des victimes de la tuerie qui a fait 29 morts, le 10 février 2020 à Nakhon Ratchasima, en Thaïlande
Une femme se recueille devant le corps d'une des victimes de la tuerie qui a fait 29 morts, le 10 février 2020 à Nakhon Ratchasima, en Thaïlande
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© AFP, Lillian SUWANRUMPHA

, publié le mardi 11 février 2020 à 12h12

Un haut responsable militaire thaïlandais, éploré, a exhorté mardi ses compatriotes en deuil à "ne pas accuser l'armée" après une tuerie sans précédent dans le pays durant laquelle un soldat a tué 29 personnes.

Le commandant en chef de l'armée de terre thaïlandaise, le général Apirat Kongsompong, un ultra-royaliste, a fondu en larmes en présentant ses excuses aux victimes au cours d'une conférence de presse, mais a exclu de démissionner.

"L'armée est une vaste organisation comprenant des centaines de milliers de personnes (...) je ne peux pas les surveiller tous", a-t-il plaidé.

"Certains critiquent l'armée" mais "je les appelle à ne pas accuser l'armée (...) parce que c'est une organisation sacrée", à la place "accusez-moi, le général Apirat", a-t-il déclaré.

L'assaillant, un officier subalterne, a été abattu par les forces de l'ordre après une virée meurtrière de près de 17 heures dimanche.

Le tireur serait passé à l'acte après une dispute avec un supérieur au sujet d'une dette liée à la vente d'une propriété, selon les autorités. L'armée assure qu'il s'agit d'un cas isolé de soldat rebelle et non le produit d'un système corrompu.

Le général a promis de faciliter à l'avenir les enquêtes en cas de plainte de jeunes officiers contre leurs supérieurs.

Dans le cas présent, le tireur "avait été trompé par son supérieur et ses proches qui lui avaient promis une rétribution" pour la vente d'une maison, a indiqué le général.


Le soldat a tué son supérieur et la belle-mère de ce dernier avant de poursuivre son massacre pendant 17 heures.

L'armée est omniprésente dans le pays et son budget a enflé depuis le dernier coup d'Etat de 2014.

Les dirigeants militaires siègent souvent en Thaïlande dans les conseils d'administration des entreprises publiques, certains affichent de grandes fortunes et il n'est pas rare qu'ils obtiennent des postes de ministres.

Les casernes sont accusées d'abriter des activités commerciales en marge de la légalité, comme des agences immobilières et des société privées de sécurité, et des soldats sont parfois mis à contribution pour travailler pour les officiers supérieurs.

Le général, qui doit prendre sa retraite en septembre, a promis de faire le ménage pour renvoyer les généraux et colonels corrompus de l'armée. 

Au lendemain du massacre, les Thaïlandais ont inondé les réseaux sociaux de critiques envers leurs dirigeants, les accusant de montrer peu d'empathie après une tuerie sans précédent.

Le Premier ministre thaïlandais, Prayut-Chan-O-Cha, a fait acte de contrition dimanche après des critiques sur les réseaux sociaux pour son attitude jugée déplacée durant sa visite à Nakhon Ratchasima, connue aussi sous le nom de Korat, la ville où a eu lieu le massacre. Souriant parfois, il avait posé pour des selfies.

Aucun membre de la famille royale, étroitement protégée par l'armée, ne s'est rendu jusqu'à présent auprès des victimes ayant survécu. 

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